
Comment la Croatie est devenue une discrète superpuissance du jeu vidéo
Un pays de moins de quatre millions d'habitants, SCUM, Serious Sam, The Talos Principle et près de 150 jeux sur Steam: enquête sur le miracle croate.

35 millions d'euros d'amende pour le Joy-Con drift: la DGCCRF sanctionne Nintendo. Et nous, on rêve que toute l'industrie arrête enfin l'obsolescence.
Alexandrosse
Tous les joueurs qui ont possédé une Nintendo Switch de première génération connaissent ce moment de rage: Link qui avance tout seul, un curseur qui dérive, un personnage qui tourne en rond sans qu'on touche à rien. Le Joy-Con drift, ce fléau des premières manettes de la console, vient de coûter très cher à Nintendo. Et au-delà du géant japonais, c'est toute une industrie qui devrait se sentir visée.
Nintendo of Europe a accepté le paiement d'une amende transactionnelle de 35 millions d'euros à l'issue d'une enquête menée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, la DGCCRF, concernant les problèmes de drift affectant certaines manettes Joy-Con de la première génération de Nintendo Switch.
L'enquête, ouverte à la suite d'une plainte déposée en 2020 par l'UFC-Que Choisir, a conclu que Nintendo avait eu connaissance des dysfonctionnements dès 2018, mais n'avait commencé à communiquer auprès des consommateurs qu'à partir de 2020. Pour rappel, le phénomène se traduit par des mouvements fantômes, des commandes intempestives ou une perte de réactivité des joysticks, pouvant rendre l'expérience de jeu difficile, voire impossible.
Selon la DGCCRF, cette communication jugée tardive et parcellaire aurait pu dissuader certains consommateurs de solliciter le service après-vente de Nintendo, les conduisant parfois à racheter de nouvelles manettes. Les autorités françaises ont estimé que ces pratiques étaient susceptibles d'altérer le comportement économique des consommateurs dans leur décision de faire réparer ou remplacer leurs équipements. Nintendo a donc accepté la transaction proposée par le procureur de la République de Nanterre, ainsi que la publication d'un communiqué d'information sur son site internet.
Cette décision ne tombe pas du ciel, elle s'inscrit dans un mouvement européen de fond. Dès 2023, à la suite d'une action coordonnée entre la Commission européenne et les autorités nationales de protection des consommateurs, Nintendo s'était engagé à proposer la réparation gratuite des Joy-Con concernés, même après l'expiration de la garantie légale.
À l'époque, la Commission européenne insistait déjà sur l'enjeu environnemental de la mesure. Le remplacement systématique des manettes défectueuses générait des déchets électroniques parfaitement évitables, et le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, avait salué une décision permettant d'empêcher l'élimination des manettes non réparées et la production de déchets inutiles. Concrètement, les propriétaires d'une Nintendo Switch ou d'une Switch Lite rencontrant ce problème peuvent toujours solliciter une réparation gratuite auprès du service dédié de Nintendo, y compris lorsque la période de garantie initiale est dépassée. Si vous êtes concerné, ne rachetez pas, faites réparer.
Cette affaire constitue l'une des sanctions les plus importantes prononcées en France dans le secteur du jeu vidéo au titre des pratiques commerciales trompeuses. Elle illustre surtout le renforcement des exigences européennes sur trois fronts qui nous tiennent à coeur: l'information des consommateurs, la durabilité des produits et le droit à la réparation.
Disons-le sans détour: cette amende est une bonne nouvelle, et pas seulement pour les possesseurs de Switch. Ce qui est sanctionné ici, ce n'est pas tant le défaut technique, qui peut arriver à n'importe quel constructeur, que le silence. Avoir identifié un problème en 2018 et avoir laissé les joueurs racheter des manettes pendant des mois sans les informer clairement, voilà ce qui coûte 35 millions d'euros. Le message envoyé est limpide: cacher la poussière sous le tapis a désormais un prix.
Mais soyons honnêtes, le drift n'est pas une exclusivité Nintendo, et c'est tout le problème. Le phénomène ronge aussi les DualSense de la PlayStation 5 comme les manettes Xbox, au point d'être devenu une plaie générationnelle du jeu vidéo. On a tous une manette qui dérive au fond d'un tiroir, et personnellement, notre stick de PS5 vieillit beaucoup trop vite pour un accessoire vendu au prix fort. La vérité, c'est que l'industrie entière s'accommode depuis trop longtemps de composants de joysticks dont l'usure prématurée ressemble furieusement à de l'obsolescence intégrée au design.
Alors on a une espérance, et cette décision la nourrit: que la leçon dépasse Kyoto. Que Sony, Microsoft et les autres comprennent que l'époque du consommable jetable touche à sa fin, que le droit à la réparation n'est pas une lubie de bureaucrate bruxellois mais une exigence légitime, et qu'un produit vendu cher doit durer. Des solutions techniques existent d'ailleurs, comme les sticks à effet Hall qui s'usent infiniment moins, et leur quasi-absence des manettes officielles en dit long sur les priorités du secteur.
Il y a aussi un changement culturel à saluer. Pendant des années, le joueur a intégré comme une fatalité l'idée qu'une manette finit par dériver, qu'on en rachètera une, que c'est le prix à payer. Cette résignation, les constructeurs en ont profité. Or les lignes bougent: les indices de réparabilité s'imposent, les associations de consommateurs montent au créneau, et des autorités comme la DGCCRF prouvent qu'une plainte peut aboutir à une vraie sanction. Le rapport de force se rééquilibre lentement, et chaque décision de ce genre rappelle aux fabricants qu'ils ne sont plus seuls à fixer les règles. Pour nous, joueurs, la meilleure réponse reste collective et individuelle à la fois: faire valoir la réparation gratuite quand on y a droit, privilégier le matériel durable, et refuser de considérer un accessoire à plusieurs dizaines d'euros comme un simple consommable.
Cette sanction ne réparera pas nos vieilles manettes, mais elle pose un jalon. Pour une fois, c'est le joueur qu'on protège, son portefeuille et la planète, plutôt que le confort d'un industriel. On aimerait que ce soit le premier domino d'une longue série. À charge pour les autres géants de ne pas attendre leur propre amende pour faire le ménage.
Communauté
Votre note
Aucun commentaire pour le moment. Sois le premier.
Lire aussi

Un pays de moins de quatre millions d'habitants, SCUM, Serious Sam, The Talos Principle et près de 150 jeux sur Steam: enquête sur le miracle croate.

Avis de révocation déposé le 8 avril, effet en 2029: les créateurs du film de 1994 récupèrent le scénario. Pas la franchise. On démêle ce que ça change.

Amazon MGM annule la série Stargate de Martin Gero après avoir rejeté trois autres projets. La franchise est vivante sur le papier, morte dans les faits. On a encore cru au retour, on a encore eu tort.