INSERTCOINS.press
The Mound: Omen of Cthulhu est magnifique et encore raté, ou pourquoi le bon jeu Lovecraft se fait toujours attendre
Tests
Test
Note5/10

The Mound: Omen of Cthulhu est magnifique et encore raté, ou pourquoi le bon jeu Lovecraft se fait toujours attendre

On espérait enfin le bon jeu d'enquête lovecraftien. On récupère un énième extraction coop, superbe mais rugueux. ACE Team a le talent et l'univers, mais pas encore le jeu.

A

Alexandrosse

·15 juillet 2026·8 min de lecture

Note InsertCoins.press

5/10

Verdict

Mitigé

Il y a une malédiction plus tenace que toutes celles de Lovecraft : celle des jeux vidéo tirés de son œuvre. Ils sortent par dizaines, promettent l'effroi cosmique, et se ratent presque tous. Alors, en découvrant The Mound: Omen of Cthulhu, on nourrissait un espoir un peu naïf : et si, cette fois, on tenait enfin le grand jeu d'enquête lovecraftien qu'on réclame depuis toujours ? La réponse est non, et elle est frustrante, parce que le talent était là.

The Mound: Omen of Cthulhu, la jungle maudite superbement mise en scène par ACE Team

Le contexte

The Mound: Omen of Cthulhu est un jeu d'horreur coopératif développé par ACE Team et édité par Nacon, disponible depuis le 15 juillet 2026 sur PC, PS5 et Xbox Series avec cross-play. Il s'inspire de la nouvelle The Mound de Lovecraft, dont il déplace l'action deux cents ans plus tôt dans une jungle péruvienne maudite. Le studio chilien n'est pas n'importe qui : on lui doit Zeno Clash, Rock of Ages et The Eternal Cylinder, autant de jeux à la direction artistique folle et inimitable. Autant dire qu'on l'attendait sur ce terrain, celui de l'imaginaire, et sur ce point au moins, il ne déçoit pas.

D'abord, une mise au point : ce n'est pas une enquête

Soyons honnêtes tout de suite, car c'est important pour gérer les attentes. Qui vient chercher ici un jeu d'investigation, une plongée lente dans le mystère et la folie à la manière des grands récits de Lovecraft, se trompe de porte. The Mound n'est pas un jeu d'enquête, c'est un extraction coopératif jusqu'à quatre joueurs. On forme un groupe d'explorateurs, on part fouiller une jungle hostile à la recherche de trésors, on ramasse, on survit, on s'extrait, le tout en parties d'une vingtaine de minutes. C'est la formule à la mode, celle des extraction shooters, repeinte aux couleurs du Mythe.

Cette clarification n'est pas un détail, c'est le cœur du problème. Le fan qui espérait un jeu d'ambiance et de déduction se retrouve face à une boucle de loot et de fuite, aussi loin de l'enquête qu'on puisse l'imaginer. Le jeu se joue en coop ou en solo avec un coéquipier bot, et il mise sur le frisson partagé plutôt que sur l'angoisse intime. Ce n'est pas illégitime, mais c'est un genre saturé, et voir encore l'univers lovecraftien réduit à un prétexte à extraction laisse un goût amer. On rêvait d'un jeu qui prendrait cet imaginaire au sérieux ; on récupère un jeu qui l'utilise comme décor.

Ce qui fonctionne : l'art et la folie

Là où The Mound justifie malgré tout son existence, c'est dans sa mise en scène, et ça n'étonnera personne connaissant ACE Team. La jungle maudite est superbe, les créatures monstrueuses qui altèrent la réalité portent cette patte visuelle dérangeante et unique dont le studio a le secret, et il y a de vrais moments de grâce cauchemardesque. Le système de santé mentale, qui distord ce que l'on voit et entend à mesure que la raison vacille, est la meilleure idée du jeu : c'est là, dans cette perception qui se délite, que l'esprit de Lovecraft affleure enfin vraiment.

En coopération, l'expérience trouve aussi son sel. Explorer cette jungle à plusieurs, gérer sa peur et sa folie collective, coordonner une extraction sous la menace, ça fonctionne, et plus d'un joueur de la démo a passé de bons moments à trembler entre amis. Le chat vocal de proximité renforce cette dynamique et donne au groupe une vraie présence. Quand le jeu s'aligne, il offre des fulgurances qui rappellent le potentiel énorme de son concept et de son univers. Le problème, c'est que ces fulgurances sont noyées dans une exécution qui n'est pas à la hauteur.

The Mound: Omen of Cthulhu, le système de santé mentale qui distord la perception du joueur

Ce qui coince : une exécution qui sent l'inachevé

Car il faut le dire sans détour : le jeu paraît précipité. Les retours de la démo, massivement jouée, ont pointé les mêmes défauts, et ils sont sérieux. Des soucis techniques à répétition, une optimisation défaillante, des contrôles qui se réinitialisent, des écrans noirs, des gels en pleine partie. Au-delà de la technique, c'est le game design lui-même qui accroche : des chemins trop balisés, une gestion d'inventaire laborieuse, un combat frustrant où les distances d'attaque sont illisibles, et une impression générale de bâclé qui plombe l'immersion. Plusieurs testeurs ont comparé la démo à une alpha, et le jugement fait mal.

Le trésor censé récompenser l'exploration se trouvait parfois éparpillé dès la plage de départ, tuant net le sentiment de fouille et de progression qu'on attend d'un tel jeu. L'audio directionnel, crucial pour l'horreur, s'est révélé approximatif. Rien de tout cela n'est irréparable, et ACE Team a le temps et le talent de corriger le tir en post-lancement. Mais en l'état, à sa sortie, The Mound donne l'impression d'un projet sorti trop tôt, avant d'avoir trouvé la solidité que son ambition méritait. Le potentiel crève l'écran ; l'exécution le trahit.

The Mound: Omen of Cthulhu, une extraction coopérative sous la menace des créatures

Ce qu'on retient

The Mound: Omen of Cthulhu est un rendez-vous manqué, et c'est d'autant plus rageant que tous les ingrédients d'une réussite étaient réunis. ACE Team apporte sa direction artistique unique, la jungle maudite est un cadre superbe, et le système de santé mentale touche enfin à ce qui fait la vraie horreur lovecraftienne. En coop entre amis, il y a du plaisir à prendre, des frissons à partager, des moments qui rappellent pourquoi cet univers fascine. Sur le papier et sur les captures d'écran, le jeu séduit sans peine.

Mais on ne peut pas fermer les yeux sur le reste. Ce n'est pas le jeu d'enquête dont rêvaient les amateurs du Mythe, c'est un extraction coopératif de plus, et il arrive en plus dans un état qui sent l'inachevé. La malédiction continue donc : encore un jeu Lovecraft qui avait tout pour être bon et qui se contente d'être joli. On garde espoir qu'ACE Team le corrige et l'étoffe, parce que le socle mérite mieux. Mais aujourd'hui, le grand jeu lovecraftien qu'on attend depuis si longtemps se fait, une fois de plus, attendre.

Verdict

Un extraction coopératif superbe mais rugueux, qui utilise Lovecraft comme décor au lieu de l'incarner : le talent d'ACE Team est là, le jeu abouti n'y est pas encore.

Points forts :

  • La direction artistique unique d'ACE Team, la jungle maudite est superbe
  • Un système de santé mentale qui touche enfin à la vraie horreur lovecraftienne
  • Un frisson coopératif efficace entre amis, chat de proximité compris

Points faibles :

  • Ce n'est pas le jeu d'enquête lovecraftien espéré, mais un extraction de plus
  • Une exécution qui sent l'inachevé, bugs et optimisation en tête
  • Un game design rugueux, combat frustrant et chemins trop balisés

Testé sur PC.

Communauté

--/100

Votre note

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Sois le premier.