
Car Park Capital : MicroProse publie un jeu où l'on rase des quartiers pour y mettre du bitume
Engagé par Big Auto pour répandre la liberté de la dépendance automobile. C'est drôle, c'est méchant, et c'est à 96 % d'avis positifs.

Acheter, réparer, repeindre, revendre, voler. L'idée est bonne. La physique, elle, envoie vos voitures dans la stratosphère.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
5/10
Verdict
Mitigé
Un joueur raconte l'histoire suivante, et je vous jure qu'elle est dans les avis Steam.
Il transporte deux voitures sur une dépanneuse à deux niveaux. Les deux plus chères du jeu, restaurées à cent pour cent. Il touche un caillou. Le camion fait plusieurs tonneaux, les deux voitures partent dans la stratosphère, retombent, perdent toutes leurs pièces et finissent détruites.
Il précise avoir déjà signalé le problème il y a un an, captures à l'appui.
Le jeu est passé en version 1.0 ce matin.

Commençons par ce qui marche, parce qu'il y a une vraie proposition.
Vous arrivez sans argent et sans rien à perdre. Vous achetez des voitures d'occasion, vous les remettez en état, vous les revendez.
La boucle est détaillée comme il faut : trouver une bonne affaire, inspecter l'état du véhicule, négocier le prix, acheter. Puis débosseler, commander et poser les pièces manquantes, laver, repeindre, et remettre en vente.
Et il y a l'autre voie. Le jeu la formule avec une franchise réjouissante : il existe beaucoup de façons d'obtenir une voiture, et oui elles sont toutes légales, tant que les flics ne vous attrapent pas. On vole, on repeint, on change les plaques, on écoule.
Autour, il y a une ville abandonnée à parcourir, un vieux hangar à faire grandir, de la bière, et un détecteur de métaux à promener dans le désert. Le tout démarre quand vous croisez une femme en robe rouge dans votre bar préféré, ce qui est le genre d'accroche que les simulateurs polonais ne s'interdisent jamais.
C'est publié par PlayWay, ce qui vous dit tout sur le genre : la maison qui a industrialisé le simulateur de métier, avec le meilleur et le pire que ça implique.
959 avis positifs sur 1 207, soit huit sur dix sur toute la vie du titre. Ce chiffre a l'air flatteur.
Lisez les avis récents, et notamment ceux des gens qui ont le plus d'heures, et le tableau change.
La physique s'est dégradée. Un joueur qui y était revenu après un an écrit que conduire vite fait maintenant casser des pièces sans raison : un passage à 180 sur une route, une légère bosse, et le pare-brise explose. L'histoire de la dépanneuse citée plus haut vient d'un joueur à cinquante heures.
Les objets se détachent tout seuls. Un joueur achète une voiture, la restaure à cent pour cent, la transporte jusqu'à l'acheteur, et les deux rétroviseurs tombent au déchargement.
Les plantages coûtent cher. Un joueur rapporte un retour au bureau qui a effacé près de trois heures de progression. Il précise écrire un avis négatif précisément pour que les développeurs le voient, ce qui est la définition d'un joueur qui aime le jeu.
Et il y a des cas de véhicules sans vitesses. Un joueur en majuscules, désespéré, explique qu'il ne peut passer ni la première ni la seconde sur une voiture qu'il doit livrer. C'est peut-être une commande qu'il n'a pas trouvée. C'est peut-être un bug. Le fait qu'on ne puisse pas trancher est déjà un problème d'interface.

Au-delà des bugs, il y a une critique de conception qui revient et qui mérite attention.
Un joueur à quinze heures écrit que le jeu donne l'impression d'une très bonne idée que personne n'a terminée. Deux points précis : l'aspect criminel est mal expliqué, notamment ce qu'implique vraiment l'achat d'une voiture volée, et l'écart de prix entre une occasion et une voiture restaurée ne tient pas debout.
Ce second point est le cœur du problème. Dans un jeu d'achat-revente, la marge est le sujet. Si le travail de restauration ne se voit pas assez dans le prix de vente, toute la boucle perd son sens, et il devient plus rentable de voler que de réparer. Ce qui est peut-être le message, mais j'ai un doute.

Il faut le dire, parce que huit avis sur dix sont positifs et que ces gens ne sont pas fous.
Les joueurs à vingt-cinq, vingt-six, trente-deux heures écrivent des choses simples : c'est amusant, il y a beaucoup à faire, et il y a des choses qu'on ne trouve pas dans les autres simulateurs automobiles. La boucle acheter-réparer-repeindre-revendre-voler fonctionne quand elle fonctionne, et elle a ce côté hypnotique propre au genre.
Les demandes récurrentes sont parlantes : plus d'options de personnalisation, pare-chocs, capots, ailerons. Des courses d'accélération. Et du multijoueur, réclamé par plusieurs.
Ce sont des demandes de gens qui veulent rester.

Alors voilà où ça atterrit, à 11,99 €.
Il y a là-dedans un bon jeu de brocante automobile, avec une vraie identité crasseuse et une liberté morale assez rafraîchissante. Je comprends parfaitement les trente heures des gens qui l'aiment.
Mais on appelle ça une version 1.0, et une version 1.0 est censée être le moment où l'on arrête de perdre trois heures de progression sur un plantage et où les rétroviseurs restent sur les voitures.
Les problèmes signalés ne sont pas des détails cosmétiques, ce sont des pertes de travail du joueur. Dans un jeu dont tout le plaisir consiste à restaurer patiemment un objet, voir cet objet se désassembler sur un caillou n'est pas une anecdote, c'est le contraire du jeu.
Prenez-le en promotion, jouez-le doucement, et sauvegardez souvent. Surtout ne roulez pas vite avec un chargement.
Vous avez une histoire de dépanneuse qui bat celle des deux voitures dans la stratosphère ? J'en doute, mais tentez sur le Discord d'InsertCoins.
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