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IRON NEST : le dieselpunk d'Iron Harvest, sauf qu'ici on ne commande rien du tout, on est assis dans la tourelle
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IRON NEST : le dieselpunk d'Iron Harvest, sauf qu'ici on ne commande rien du tout, on est assis dans la tourelle

Le dieselpunk qu'on aimait dans Iron Harvest, mais vu par le trou de visée. Deux développeurs, un canon monstrueux et une belle dose de culpabilité.

A

Alexandrosse

·6 août 2026·6 min de lecture

Première réaction devant la bannière d'IRON NEST : ça sent l'Iron Harvest. Même imaginaire de machines de guerre trop grosses, même Europe de l'entre-deux-guerres passée au diesel, même silhouette de colosse qui écrase un paysage de campagne. Le RTS de KING Art, tiré des peintures 1920+ de Jakub Różalski, on l'avait bien aimé et on n'est visiblement pas les seuls à en garder le souvenir.

Sauf qu'IRON NEST ne joue pas du tout dans la même catégorie, et c'est là que ça devient intéressant. Dans Iron Harvest, on commandait des armées depuis le ciel, en vue stratégique, avec le confort du général. Ici, on est un seul type, enfermé dans une tourelle, et on ne verra jamais le champ de bataille autrement que par des chiffres et des photos aériennes. Le point de vue a basculé de cent quatre-vingts degrés : on n'est plus celui qui décide de la guerre, on est celui qui appuie.

IRON NEST, le simulateur d'artillerie lourde dieselpunk

Deux gars et un canon

Le jeu est signé Nick Nieuwoudt et Dominik Latos, soit exactement deux personnes, en autoédition sur Steam et GOG. Un projet de passion nourri à l'obsession de l'artillerie et des machines de l'entre-deux-guerres, qui a fait beaucoup plus de bruit que sa taille ne le laissait supposer : la démo a placé IRON NEST en tête des ajouts en liste de souhaits lors du Steam Next Fest de juin. Pour un simulateur de tourelle en vue subjective, avouons que ce n'était pas écrit d'avance.

Ce qu'on fait vraiment de ses dix doigts

Le boulot d'opérateur tient en une boucle qui a l'air simple sur le papier et qui ne l'est pas. Deux téléscripteurs crachent en continu : l'un vous transmet les directives prioritaires du Haut Commandement, l'autre les appels directs de la ligne de front. À vous de transformer ce flux d'informations contradictoires en plan de tir.

Ensuite, tout passe par les mains. On prend les mesures sur la carte à partir des coordonnées reçues, on moud les chiffres dans le calculateur balistique jusqu'à obtenir une solution de tir, on choisit la charge propulsive (plus forte pour envoyer l'obus à l'horizon, plus faible pour le faire tomber en cloche dans un emplacement ennemi), on tourne la roue d'élévation, on pointe, on tire. Puis on attend les photos de reconnaissance aérienne pour découvrir ce qu'on a réellement touché.

Le choix de l'obus n'est pas cosmétique non plus : perforant pour ouvrir un bunker, fumigène pour couvrir un décrochage ami. Et d'autres options, disons, moins présentables. Le jeu prévient aussi que la machine peut lâcher. Vous, non.

IRON NEST, la carte, le calculateur balistique et les mesures de tir

La partie qui met mal à l'aise

C'est là que le rapprochement avec Iron Harvest s'arrête net. Le RTS de 2020 était une belle guerre de figurines, spectaculaire et lisible. IRON NEST, lui, met la culpabilité au centre et refuse de la diluer. La page du jeu va jusqu'à caviarder ses propres phrases quand elle évoque les gaz, et assène que ni une paperasse impeccable ni la meilleure propagande n'effaceront votre faute. La formule qui résume le mieux l'ambiance : ça n'est jamais arrivé s'il n'y a aucun témoin.

Vous pouvez déplacer les marqueurs sur la carte, mais les cicatrices restent. Traduction : un jeu où l'on ne voit jamais ses victimes, et où c'est précisément l'absence d'image qui fait le malaise. Le Haut Commandement donne les ordres, mais il ne porte pas les conséquences. C'est votre doigt sur le levier.

Ce qui pourrait coincer

Le risque est évident et il tient au genre lui-même. Un simulateur d'artillerie en vue subjective, c'est une proposition étroite, faite de mesures, de calculs et d'attente. Si la boucle mesurer-calculer-charger-tirer ne trouve pas son rythme, ou si les scénarios se répètent trop vite, l'exercice peut virer au tableur avec vue sur la campagne. La démo, elle, a rassuré du monde sur ce point.

L'autre inconnue, c'est la tenue du discours. Un jeu qui fait de la culpabilité son sujet doit assumer jusqu'au bout, sans transformer ça en simple posture ni en frisson de mauvais goût. La ligne est fine, et deux personnes ont choisi de marcher dessus.

Reste que la promesse est franchement singulière, et qu'elle vient occuper un angle mort. On voulait revoir du dieselpunk après Iron Harvest ; on ne pensait pas qu'on nous le rendrait par le trou de visée, avec les mains sales. Sortie aujourd'hui sur PC, démo toujours disponible pour se faire une idée avant de s'engager.

IRON NEST, la tourelle colossale et le champ de bataille remodele par les obus

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