LEGO Batman : L'Héritage du Chevalier Noir n'avait aucune raison d'être le meilleur jeu Batman depuis des années. C'est un jeu LEGO. Developed by TT Games. Dans un marché où la licence Batman au jeu vidéo n'avait plus produit quoi que ce soit de mémorable depuis les Arkham. Et pourtant.
C'est le meilleur jeu Batman depuis Arkham Knight. Et c'est un jeu avec des figurines en plastique.

Ce que le jeu fait avec la licence
L'Héritage du Chevalier Noir ne choisit pas une version de Batman. Il les prend toutes. L'ouverture cite directement Batman Begins avec la scène "Pourquoi tombons-nous", reprend Crime Alley dans l'esthétique de Tim Burton, enchaîne avec l'entraînement chez la Ligue des Ombres de Nolan, puis continue à tisser ensemble des éléments de The Dark Knight, de The Batman de Reeves, du film LEGO Batman. Des décennies de mythologie condensées dans une seule narration cohérente.
C'est risqué. Des univers contradictoires dans le même récit, ça peut produire une bouillie de fan service sans structure. Ici ça fonctionne, parce que l'écriture comprend ce que chaque ère de Batman a apporté et l'utilise avec intention plutôt que de cocher des cases. Quand c'est bon, c'est à la hauteur du film LEGO Batman, qui reste une des meilleures choses jamais produites avec la licence. Quand c'est moins bon, quelques apparitions de vilains qui semblent être là parce que la liste l'exigeait, c'est oubliable sans être gênant.
L'humour est plus retenu que dans les précédents jeux LEGO, moins verbeux, plus précis. Le gag récurrent autour de Catwoman et de la difficulté à la rendre séduisante avec une figurine en plastique fonctionne à chaque fois.

Le système de combat
C'est là que le jeu surprend le plus. TT Games a pris le système free-flow des Batman Arkham, l'a compris, et l'a intégré dans la logique LEGO sans le trahir. Combos, contres, esquives, parades : la fondation est celle des Rocksteady, mais le rythme est différent, plus accessible sur les premiers niveaux et plus satisfaisant sur la durée.
Chaque personnage jouable a ses propres outils. Le batarang et le grappin de Batman, le fouet de Catwoman, le drone de Batgirl. Ces gadgets ne sont pas décoratifs : ils s'intègrent dans les phases de combat et les puzzles environnementaux. Les phases de détective, où Batman analyse la scène avec des rayons UV et X, cassent le rythme des combats de manière bienvenue.
La Batmobile est une surprise supplémentaire. Plus agréable à conduire que dans Arkham Knight, ce qui n'était pas prévisible. Les phases de vol en planeur sur les toits de Gotham sont ce que la série aurait dû être depuis le début.
Le seul vrai problème dans ce département : le stealth. Quand les ennemis sont alignés proprement, ça fonctionne. Quand ils sont groupés, ça devient approximatif. Ce n'est pas la priorité du jeu et ça se sent.

Gotham en monde ouvert
Quatre îles, des quartiers avec chacun une identité distincte, une ville dense et vivante sans être oppressante. Le Gotham de L'Héritage du Chevalier Noir est sombre sans être glauque, peuplé sans être vide, et ses rues sont tapissées de références à chaque coin de la mythologie Batman, des plus connues aux plus obscures.
C'est une des meilleures villes de jeu vidéo de l'année. Ce n'est pas un compliment à relativiser parce que c'est LEGO : c'est un compliment direct. La ville a une personnalité propre et donne envie d'y passer du temps même entre les missions principales.
La réserve : les activités secondaires du monde ouvert ne sont pas à la hauteur des missions de campagne. Les collectibles et les missions de crime secondaires manquent de créativité par rapport à ce que la campagne propose. C'est le fossé classique entre contenu principal et contenu de remplissage, et il est plus marqué ici qu'on aurait voulu.

Ce qui manque aux puristes LEGO
Si vous venez des LEGO traditionnels, certaines absences vont piquer. Le compteur de studs n'est pas là. Les minikits classiques des missions ont disparu. Le jeu a pris un tournant vers l'action-aventure structurée plutôt que vers la formule collectathon qui définissait la série depuis quinze ans.
C'est un choix assumé. Le résultat est un jeu plus cohérent, plus narratif, moins haché. Mais pour ceux qui aiment la formule originale, c'est une rupture réelle.
Le co-op est uniquement local, sans option en ligne. L'écran splitté vertical limite la visibilité et quelques baisses de framerate se produisent en coop. Pour un jeu qui se veut familial et partageable, c'est une lacune.

Durée et contenu
La campagne principale se fait en 12 à 15 heures. La complétion totale monte à 25-50 heures selon la méthode. Plus de 30 costumes alternatifs couvrant les comics, les séries télé et les films. Des véhicules à débloquer, des gadgets à améliorer pour chaque personnage.
Le prix de 70 euros fait tiquer certains joueurs pour une campagne de cette longueur. C'est légitime comme question. La réponse dépend de si vous comptez passer du temps dans Gotham au-delà de la campagne, et la ville est assez bien construite pour que ça valide la durée de vie globale.
Verdict
LEGO Batman : L'Héritage du Chevalier Noir est une déclaration d'amour à toutes les versions de Batman simultanément, portée par un système de combat qui comprend ce qui faisait la force des Arkham, une ville qui mérite d'être explorée et une écriture qui sait quand être drôle et quand être sincère.
Le monde ouvert secondaire est en dessous du reste, le stealth est approximatif, l'absence de co-op en ligne est dommage. Ce sont des défauts réels dans un jeu qui surprend sur tout le reste.
Personne n'attendait que le meilleur jeu Batman depuis dix ans soit un LEGO. C'est pourtant ce qui s'est passé.