
Realm of Ink : bon roguelite ou clone de plus ?
Realm of Ink arrive avec une direction artistique encre et calligraphie qui capte l'attention immédiatement. La vraie question, dans un genre aussi saturé : est-ce que ça suffit à faire un bon jeu ?
Space Drilling Station n'a pas l'ambition de redéfinir un genre. Il a l'ambition plus modeste et plus difficile de proposer une boucle de jeu qui donne envie de rester. Il y parvient, presque.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
7/10
Verdict
Recommandé

Sur le papier, Space Drilling Station n'a rien de révolutionnaire. On gère une station de forage spatiale, on extrait des ressources, on améliore ses équipements, on repousse ses limites un peu plus loin à chaque session. Le genre de pitch qu'on a lu cent fois dans le catalogue Steam des cinq dernières années. Et pourtant, passé la première heure, quelque chose accroche. Cette satisfaction discrète de voir les chiffres monter, les galeries s'étendre, les profondeurs inconnues céder un peu plus à chaque descente.
Ce n'est pas un grand jeu. Mais c'est un jeu honnête. Et dans ce registre, l'honnêteté compte.
Tout repose sur un cycle simple et bien calibré. On descend, on fore, on remonte. Entre deux descentes, on vend les minerais récupérés, on investit dans de meilleurs équipements, on débloque de nouveaux modules pour la station. Le lendemain (ou l'heure suivante, selon l'état de ses résolutions), on recommence un niveau plus bas, avec un peu plus de puissance, face à un peu plus de résistance.
Ce qui distingue Space Drilling Station d'un simple idle game, c'est la présence d'une gestion active pendant les descentes. On ne regarde pas juste une barre de progression remplir. On prend des décisions en temps réel : quelle veine de minerai prioritiser, comment gérer la chaleur des foreuses, où installer les relais d'énergie pour maintenir la connexion avec la surface. Ces décisions ne sont pas complexes, mais elles sont présentes, et elles donnent à chaque session un sentiment d'engagement qu'un simple clicker n'aurait pas.

La progression verticale est le point fort absolu du jeu. Chaque couche géologique a ses propres règles, ses propres minerais, ses propres dangers. Les premières heures se passent dans des roches relativement dociles. Puis viennent les cavernes instables, les poches de gaz, les formations cristallines qui abîment les foreuses si on ne ralentit pas. Et plus bas encore, des matériaux qu'on ne soupçonnait pas et qui redéfinissent ce qu'on peut construire.
Cette progression par strates est racontée visuellement avec soin. L'esthétique du jeu, sobre mais cohérente, change imperceptiblement à mesure qu'on descend. Les tons froids et métalliques des premiers niveaux cèdent à quelque chose de plus organique, de plus minéral, de plus étrange. On ne sait jamais exactement ce qui attend à la prochaine couche. C'est suffisant pour continuer.
Le système de modules de station est également bien pensé. On ne débloque pas juste des améliorations de stats, on débloque des fonctions nouvelles : un analyseur de sol qui anticipe les formations dangereuses, un recycleur thermique qui récupère la chaleur des foreuses pour alimenter les systèmes secondaires, un laboratoire de minerais rares qui ouvre une branche de crafting plus avancée. Chaque module change légèrement la façon de jouer, et la progression se lit comme une succession de petites révolutions dans le quotidien de la station.

Space Drilling Station a un problème de rythme sur la durée.
La boucle de base est solide dans les cinq premières heures. Elle devient prévisible dans les dix suivantes. Passé un certain palier de profondeur, les nouveaux dangers ressemblent trop aux anciens, les nouveaux minerais ont des noms différents mais des fonctions similaires, et l'arbre de recherche commence à proposer des améliorations de pourcentage là où on espérait de vraies surprises. Le jeu ne s'effondre pas, mais il se répète.
L'interface est aussi un point de friction régulier. Les menus de gestion de la station sont fonctionnels mais peu lisibles : trop d'informations au même niveau de priorité visuelle, des icônes qui se ressemblent, une hiérarchie de l'information qui demande un temps d'adaptation assez long avant de devenir instinctif. Ce n'est pas rédhibitoire, mais dans un jeu où on passe autant de temps dans les menus que dans les tunnels, c'est une gêne qui s'accumule.
La direction sonore, enfin, est le parent pauvre de la production. Les sons de forage sont corrects, l'ambiance spatiale de la surface aussi. Mais les boucles musicales sont courtes et se répètent rapidement, au point qu'on finit souvent par couper le son au bout d'une heure pour mettre autre chose. Pour un jeu conçu pour des sessions longues et répétitives, c'est un manque qui pèse plus qu'il ne devrait.

Space Drilling Station propose un mode survie en parallèle de la campagne principale, où les ressources sont limitées, les pannes d'équipement permanentes et les événements aléatoires plus fréquents. C'est là que le jeu trouve une seconde vie.
La contrainte change tout. Quand une foreuse tombe en panne à 800 mètres de profondeur et qu'on n'a pas les matériaux pour la réparer sur place, les décisions deviennent soudainement importantes. Remonter en perdant la progression de la session ou improviser avec ce qu'on a ? Le mode survie pose des questions que la campagne principale évite soigneusement, et il est difficile de ne pas se demander pourquoi cette tension n'a pas été intégrée à l'expérience de base dès le départ.

Space Drilling Station est un bon jeu de gestion et d'exploration qui porte en lui un excellent jeu qu'il n'a pas encore tout à fait décidé d'être.
Les fondations sont là : une boucle de progression satisfaisante, une verticalité bien construite, un système de modules qui donne de la texture à la gestion. Le mode survie prouve que le moteur peut générer de la tension et de l'urgence quand on lui en donne l'occasion. Ce que le jeu manque, c'est la volonté d'aller au bout de ce que sa propre mécanique permet. La seconde moitié de la progression s'essoufle là où elle devrait s'emballer. L'interface pénalise sans raison une expérience qui mérite mieux. Et l'ambiance sonore abandonne le joueur précisément aux moments où elle devrait le porter.
Ce sont des problèmes corrigeables. Et ce sont des problèmes qui n'effacent pas ce qui fonctionne. Space Drilling Station mérite son public, et ce public va probablement y passer bien plus d'heures qu'il n'en avait prévu. Mais il mérite aussi des mises à jour qui prennent au sérieux ce que le mode survie démontre : ce jeu a la capacité d'être exigeant. Il devrait s'en souvenir plus souvent.

Points forts :
Points faibles :
Testé sur PC.
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