EA Sports a tué le hockey d'arcade il y a vingt ans. Depuis NHL Hitz, depuis les virages serrés dans les coins et les mises en échec qui envoyaient les adversaires dans la bande avec ce son que votre cerveau reptilien reconnaît immédiatement, le genre avait disparu. Tape to Tape est le jeu qui comble ce vide, trois ans d'Early Access et un studio montréalais plus tard.
Voici ce que ça fait d'enfin rejouer à du hockey qui ne vous demande pas de mémoriser un manuel de simulation.

Ce que c'est vraiment
Tape to Tape est un roguelite hockey arcade développé par Excellent Rectangle, studio canadien basé à Montréal. Vous constituez une équipe de bagarreurs de troisième ligne, de snipeurs douteux et de gardiens à l'historique questionnable, vous les faites progresser run après run, et vous tentez de remporter un tournoi dont personne ne sort vraiment indemne.
Ce n'est pas une simulation. Il n'y a pas de gestion de contrats, pas de salary cap, pas d'effectif sur vingt-trois joueurs à équilibrer. Il y a de la glace, des crosses, des power-ups absurdes, et la satisfaction primaire d'un jeu qui sait que son public veut casser des bouches, pas gérer un tableur.
Sur la glace
Le gameplay de base couvre tout ce qui rend le hockey physiquement intéressant. Les passes tape-to-tape, terme que les hockeyeurs utilisent pour désigner une passe parfaite d'un ruban de crosse à l'autre, déclenchent des effets spéciaux selon les compétences de vos joueurs. Certains joueurs produisent un pass explosif, d'autres une passe qui traverse les défenseurs. La même action, des résultats différents selon qui l'exécute.
Les tirs ont du poids. Les mises en échec sont calculées selon la vitesse et la position des deux joueurs impliqués : une mise en échec en pleine vitesse dans le coin envoie l'adversaire dans la bande avec l'animation exagérée d'une case de BD, et c'est exactement ce que vous voulez. Ça ne ressemble à rien de réaliste et c'est pour ça que ça marche.
Chaque joueur dispose de capacités actives utilisables en match, avec des cooldowns. Un bagarreur peut déclencher une charge dévastatrice qui traverse les bloqueurs. Un playmaker peut passer à travers une mise en échec pour créer une occasion en contre. Un snipper active un mode de précision temporaire qui transforme ses tirs en lasers. Ces fenêtres de puissance courtes forcent des décisions rapides : activer maintenant ou garder pour la fin de période.

Les power-ups et l'arbitre
C'est là que Tape to Tape s'éloigne franchement de tout ce qui ressemble à du hockey sérieux. Le jeu propose des power-ups à activer en cours de match : lancer son bâton comme un tomahawk sur un adversaire, déclencher des mises en échec qui brisent les vitres, des capacités qui n'ont rien à voir avec le règlement de la LNH et tout à voir avec le plaisir immédiat.
Il y a aussi la possibilité de graisser la patte à l'arbitre. C'est un système stratégique à part entière : dépenser des ressources pour obtenir la complaisance du juge de ligne au bon moment peut changer l'issue d'un match serré. C'est le genre de décision qui rend chaque run légèrement différent de la précédente, et qui dit tout sur le ton du jeu.
Des événements aléatoires et des boss battles ponctuent la progression. Le jeu traite la saison comme une structure roguelite à part entière, pas comme une succession de matchs identiques.
Le système roguelite
Entre les matchs, vous accédez à un hub de recrutement et de préparation. C'est là que Tape to Tape construit sa profondeur.
Les joueurs ont des classes (attaquant, défenseur, gardien, enforcer) avec leurs propres arbres de compétences. Chaque run, vous constituez votre équipe depuis le hub : certains joueurs sont disponibles à la boutique, d'autres se débloquent selon vos performances sur la glace. Un gardien difficile à battre pendant un match peut rejoindre votre effectif.
L'équipement joue un rôle central dans la construction des builds : crosses, patins, casques, protections. Chaque pièce a des propriétés qui interagissent avec les compétences des joueurs. La même crosse de snipper équipée sur un enforcer produit un résultat différent que sur un playmaker. Le système de synergies est là-dedans : certaines combinaisons joueur et équipement déclenchent des effets qui n'existent dans aucune pièce prise séparément. C'est le type de mécanique qui se découvre en jouant, se théorie-craf, et génère des discussions de communauté sur les builds optimaux.
La méta-progression entre runs débloque des joueurs de départ supplémentaires, des bonus initiaux, et de nouveaux types d'équipement. Les runs ratés avancent malgré tout : vous revenez avec plus d'options, pas avec rien.

La direction artistique
Le style BD est la décision qui rend Tape to Tape immédiatement reconnaissable. Les personnages sont dessinés à la main avec des proportions volontairement exagérées qui amplifient chaque animation. Un slapshot ne ressemble pas à un tir de simulation : le joueur se ramasse, la crosse se distord, le palet part dans un flash d'énergie. Le tout ressemble à une case de comics sportifs canadiens des années 80, et c'est un compliment.
Ce style a tenu trois ans d'Early Access sans vieillir, ce qui prouve que la cohérence de la direction artistique comptait plus que la course au réalisme.

La patte québécoise
Excellent Rectangle est montréalais, et ça s'entend. Le narrateur a les intonations et l'humour d'un Letterkenny appliqué au hockey, avec des répliques qui ont fait le tour de Reddit dès le lancement en Early Access. Plusieurs personnages ont des variantes québécoises avec des lignes de dialogue en joual. La communauté a immédiatement comparé l'annonceur à Shoresy, personnage de la série Letterkenny, ce qui est à peu près le compliment le plus précis qu'on puisse faire à un jeu de hockey canadien.
L'humour transpire dans chaque ligne de dialogue, chaque nom de personnage, chaque description d'équipe. Ce n'est pas de l'humour générique. C'est du hockey culturellement ancré, fait par des gens qui ont grandi avec les mêmes références que leur public.
"C'est comme si les stéréotypes canadiens positifs et le film Dodgeball avaient un enfant", résumait un joueur Reddit au lancement. Ce n'est pas une mauvaise description.

Trois ans plus tard
Après l'Early Access, le jeu a atteint sa version finale avec un contenu substantiel : plusieurs saisons jouables, une dizaine de classes de joueurs, des centaines de combinaisons d'équipement, et un mode co-op local jusqu'à quatre joueurs qui transforme chaque run en session de bureau ou de canap.
La comparaison qui revient dans la communauté depuis le premier jour reste exacte : c'est le successeur spirituel de NHL Hitz que personne n'attendait depuis que EA a décidé que la simulation était l'avenir du genre. Un joueur résumait au lancement : "Je viens de marquer mon premier but dans un match de hockey en sept ans et j'applaudis comme quand j'ai marqué mon premier but dans NHL 96."
Ce commentaire dit l'essentiel sur ce que Tape to Tape accomplit : il ne remplace pas le hockey de simulation, il réveille quelque chose que la simulation avait éteint.
Le Steam Deck tourne à 60 FPS stables, ce qui en fait un des meilleurs jeux portables pour des sessions courtes. Le jeu fonctionne aussi en Remote Play Together, avec des sessions rapportées comme très propres.

Verdict
Tape to Tape sait ce qu'il est et ne prétend être rien d'autre : du hockey d'arcade avec une profondeur roguelite qui justifie les heures passées à optimiser des lineups à synergies explosives. La direction artistique BD tient la distance, le gameplay sur la glace est immédiatement satisfaisant, et la patte québécoise donne au jeu une identité que les grandes productions de hockey n'ont jamais eu.
Le seul angle de friction : le système de synergies peut être abrupt pour un joueur qui vient uniquement pour casser des bouches sans se préoccuper des builds. La profondeur roguelite peut désarçonner un public qui cherchait NHL Hitz pur et dur. Ce n'est pas rédhibitoire, c'est juste à savoir avant de lancer sa première run.
Pour le reste : c'est le meilleur jeu de hockey indépendant sorti depuis que EA a décidé que la simulation était l'avenir du genre. Et si vous avez encore en tête le son d'un palet envoyé dans une bande un samedi après-midi, c'est pour vous.