
Mario au cinéma : trois films, une légende, et un amour intact pour le plus vieux
Du nanar culte de 1993 au blockbuster de 2023. Mario a eu une vie cinématographique chaotique, sincère et finalement assez belle.

Jon Favreau livre des visuels propres, un Rotta attachant et deux heures d'aventures épisodiques sans conséquences. Mandalore est ignorée, deux méchants sont gâchés, la politique galactique ne tient pas. Le retour de Mando au cinéma valait mieux que ça.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
5/10
Verdict
Mitigé
The Mandalorian & Grogu sort le 22 mai 2026. C'est le premier film Star Wars au cinéma depuis L'Ascension de Skywalker en 2019. Rotten Tomatoes à 60%, Metacritic à 54 au premier jour. Ces chiffres ne racontent pas l'histoire d'un mauvais film. Ils racontent l'histoire d'un film qui n'a pas su décider ce qu'il voulait être.

La saison 3 de The Mandalorian s'est terminée avec la reconquête de Mandalore. Un arc narratif conséquent, un peuple qui retrouve sa planète natale, des enjeux politiques réels. C'était le type de développement qui promettait une suite ambitieuse. Le film ignore tout ça. Mandalore n'est pas mentionnée. La reconstruction d'un monde entier, la question de ce que ça implique pour Din Djarin et sa tribu, le poids politique de cette reconquête : évacués.
Din Djarin dit à la fin qu'il veut chasser les seigneurs de guerre impériaux survivants. C'est censé poser l'étape suivante. Le problème, c'est que le film qu'on vient de voir n'a pas convaincu que l'équipe sait quoi faire avec cette étape.
Il y en a deux. C'est là que le film révèle ses limites le plus clairement.
Le premier a le mérite d'avoir une présence. Il est menaçant sur le papier. Mais il n'est pas particulièrement intelligent ni malin. Pour un seigneur de guerre impérial qui a survécu des années à la chute de l'Empire, c'est une déception. Survivre à l'effondrement d'un régime galactique militarisé, ce n'est pas un exploit pour les rigolots.
Le second dirige un empire criminel depuis une forteresse gardée par des stormtroopers. Sur le papier, c'est un antagoniste intéressant. En pratique : Din Djarin apparaît dans son bureau. Pas de séquence d'infiltration, pas d'explication, pas de moment où on comprend comment il est entré dans une forteresse blindée. L'écriture décide simplement qu'il est là. J'avais l'impression d'être à une partie de jeu de rôle où le maître de jeu dit "t'inquiète, c'est magique". Pour un film d'action dont la crédibilité repose sur son protagoniste comme chasseur de primes d'élite, c'est une paresse narrative qui casse le personnage autant que l'histoire.

Rotta le Hutt, fils de Jabba (voix de Jeremy Allen White), est un des bons points du film. Le personnage était attachant dans The Clone Wars, il l'est ici aussi. Un antagoniste de second plan qui a plus de texture que les deux méchants principaux, c'est un paradoxe que le scénario aurait dû régler.
Mais l'utilisation des Hutt dans l'intrigue pose une question que le film ne répond pas. La Nouvelle République décide de s'attaquer à la direction Hutt. L'acte est présenté comme légitime, moralement cohérent. Ce n'est pas ce que c'est.
Les Hutt contrôlent la Bordure Extérieure depuis des générations. Ils ne l'occupent pas : ils l'organisent. Leur réseau, leurs alliances, leurs négociations avec les gouvernements en place constituent l'infrastructure réelle d'une région que ni la République ni l'Empire ne pouvaient administrer directement. L'Empire le savait. C'est pour ça que Jabba opérait en quasi-impunité : parce qu'il était utile. Éliminer cette structure sans avoir les moyens de la remplacer, c'est créer un vide dans lequel les seigneurs de guerre impériaux prospèrent exactement. C'est la thèse inverse de ce que le film cherche à raconter.
La politique dans Star Wars n'est pas un détail décoratif. L'Étoile de la mort existe parce que le Sénat a été dissous. L'Empire tombe parce que sa structure de commandement est trop centralisée. La Nouvelle République est fragile parce qu'elle a reproduit les erreurs de l'ancienne. Chaque grande décision dans cet univers a des conséquences politiques. Le film décide que la destruction de la direction Hutt n'en a pas. C'est un manquement.
Sigourney Weaver joue la capitaine qui donne cet ordre. Elle est bien, le personnage est crédible, le temps d'écran limité. L'ordre lui-même ne tient pas à l'analyse.
Les effets visuels sont excellents de manière consistante. Les planètes ont une identité visuelle distincte. La photographie est propre. C'est la valeur minimale attendue, et elle est là.
Martin Scorsese est une des choses les plus vivantes du film dans un rôle de composition. La bande originale de Ludwig Göransson reste un des meilleurs atouts de la franchise.
Les confrontations physiques restent efficaces quand le scénario leur en donne l'occasion.

Il y a une séquence où Grogu interagit avec de petits mécaniciens extraterrestres. L'intention est de produire un moment de comédie légère. Le résultat ressemble à un segment des Minikums. Ce n'est pas un compliment.
Grogu fonctionne parce qu'il donne un contexte émotionnel à Din Djarin. Cette relation est l'âme de la série depuis la saison 1. Seul, sans elle pour lui donner du poids, il opère comme une mascotte. Le film le sait et n'a pas trouvé comment le résoudre.
Ce film est plusieurs épisodes de The Mandalorian montés ensemble et projetés en IMAX. La structure épisodique, le rythme, la taille des enjeux sont ceux d'une série de streaming premium. Ce n'est pas nécessairement un défaut dans l'absolu. Le problème, c'est que le cinéma demande autre chose.
Un épisode de The Mandalorian peut se permettre d'avancer lentement, de visiter une planète pour une seule scène, de poser une question sans la résoudre. Sur un écran de salon avec la possibilité de faire une pause, c'est acceptable. Sur un écran de cinéma avec le prix d'un billet et le contrat implicite que le format va être utilisé pour quelque chose, c'est insuffisant.
Rotten Tomatoes à 60%, Metacritic à 54 : ce ne sont pas les scores d'un désastre. Ce sont les scores d'un film qui n'a pas su pourquoi il était un film.
The Mandalorian & Grogu offre deux heures de visuels propres, un Rotta le Hutt bien écrit, Sigourney Weaver qui fait son travail et la musique de Göransson. Il ignore Mandalore, gâche deux méchants principaux, esquive une question politique centrale et propose une infiltration de forteresse par télékinésie narrative.
La saison 1 de The Mandalorian était une bonne série parce qu'elle savait ce qu'elle était. Ce film ne sait pas ce qu'il est. Il restera comme l'entrée la moins conséquente de la franchise, pas parce qu'il est mauvais, mais parce qu'il n'a pas décidé d'être grand.
Communauté
Votre note
Aucun commentaire pour le moment. Sois le premier.
Lire aussi

Du nanar culte de 1993 au blockbuster de 2023. Mario a eu une vie cinématographique chaotique, sincère et finalement assez belle.

On a adoré le film Warcraft. Et ça nous a brisé le coeur qu'il n'y ait jamais eu de suite. Un amour qu'on n'a jamais vraiment caché.