Verne: The Shape of Fantasy — le point-and-click qui prouve que l'imagination n'a pas besoin de 60 images par seconde
Jules Verne, le Nautilus, l'Atlantide, un monde fantastique né de l'imagination d'un auteur mort en 1905. Gametopia a transformé tout ça en point-and-click pixel art. Et c'est exactement aussi bien que ça en a l'air.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
7/10
Verdict
Recommandé
Il y a des jeux qui arrivent en chuchotant. Pas de budget marketing colossal, pas de conférence E3, pas de leak sur lequel s'exciter pendant six mois. Juste un jour, une fiche Steam, et un pixel art qui te regarde dans les yeux en te disant : "Tu veux bien m'essayer ?"
Verne: The Shape of Fantasy est exactement ce genre de jeu. Développé par Gametopia, un studio espagnol dirigé par Daniel Gonzalez qui a conçu et dessiné le jeu quasiment seul, sorti en 2023 sur PC et macOS puis en 2024 sur Nintendo Switch. Disponible sur Steam, GOG et l'eShop. Pas sur PS5. Pas sur Xbox. Pas parce que ce sont de mauvaises plateformes, mais parce que les petits studios font des choix, et celui-là a choisi l'endroit où son public se trouve.
Un point-and-click narratif dans lequel tu incarnes Jules Verne lui-même, perdu dans Hemera, un monde fantastique construit depuis son imagination. Le concept est aussi séduisant qu'il est bien exécuté.

Gameplay : la mécanique qui change tout
Verne: The Shape of Fantasy, c'est un point-and-click classique dans sa structure. Tu explores, tu parles aux personnages, tu résous des puzzles, tu avances dans l'histoire. Si tu as joué à des jeux d'aventure des années 90, le cadre t'est familier.
Mais le jeu a une idée qui lui est propre : l'IMAG.
L'IMAG est un artefact atlante ancien qui permet de réécrire de petites choses qui se sont passées. Concrètement : certaines situations se jouent différemment si tu utilises le dispositif pour modifier un moment clé. C'est une mécanique qui sert de métaphore au fonctionnement de l'imagination, ce qui est exactement cohérent avec le sujet du jeu.
Ce n'est pas une révolution du genre. Mais c'est une idée suffisamment personnelle pour donner au jeu une identité propre, là où beaucoup d'autres point-and-click se contentent d'appliquer des recettes connues sans les enrichir.
Les puzzles sont accessibles. Trop accessibles pour les joueurs habitués aux Monkey Island et aux point-and-click qui ne te lâchent pas avant plusieurs heures de blocage. Ce n'est pas un reproche absolu : Verne cible un public large, y compris des joueurs qui ne connaissent pas le genre, et dans ce contexte l'accessibilité est une décision assumée. Mais les joueurs qui cherchent de la résistance seront un peu sur leur faim.
La variété des situations compense heureusement l'absence de difficulté. Le jeu ne se répète pas, renouvelle régulièrement ses contextes, et les cinq à six heures que dure l'aventure ne donnent jamais vraiment l'impression de tourner en rond.

Histoire : Jules Verne comme tu ne l'as jamais rencontré
On est en 1888. Jules Verne se retrouve embarqué dans Hemera, un monde fantastique qui est littéralement la matérialisation de son imagination. Ses créations les plus célèbres y ont pris vie, ses peurs aussi, ses désirs aussi. Aux côtés du Capitaine Nemo et à bord du Nautilus, il doit retrouver la Flamme d'Héphaïstos et percer le secret de la puissance de l'Atlantide.
Le concept est brillant parce qu'il offre quelque chose de rare dans un jeu : la légitimité narrative. Mettre Jules Verne dans un monde fantastique de son propre imaginaire, c'est presque trop évident pour ne pas avoir été fait avant. Et pourtant, c'est Gametopia qui l'a fait.
Les références aux oeuvres de Verne sont nombreuses, disséminées avec soin, et récompensent les joueurs qui les connaissent sans pénaliser ceux qui découvrent l'auteur. Le jeu mélange faits historiques et fiction avec un équilibre qui fonctionne. Et surtout, il traite son sujet avec respect, sans jamais tomber dans le biopic lourd ou la leçon de littérature déguisée en jeu vidéo.
Ce n'est pas l'histoire la plus complexe du monde. Mais c'est une histoire qui a quelque chose à dire sur l'imagination, sur le rapport entre un auteur et ses créations, sur ce que ça signifie de donner vie à des mondes. Pour un point-and-click court, c'est plus qu'on ne pouvait espérer.
Technique : un pixel art fait pour durer
Daniel Gonzalez a tout dessiné lui-même. Chaque décor, chaque personnage, chaque animation. Et ça se voit, dans le bon sens du terme.
Le pixel art de Verne a une cohérence stylistique rare. Les environnements combinent une esthétique steampunk et des ruines atlantes avec un résultat visuellement identifiable au premier coup d'oeil. Les couloirs sombres du Nautilus dégagent une oppression sourde. Les ruines sous-marines baignent dans une lumière froide et mystérieuse. Le travail est minutieux, et il trahit des mois de soin apporté à chaque écran.
Gonzalez a lui-même expliqué que le pixel art "évoque la nostalgie mais aussi l'élégance", et qu'il laisse l'imagination du joueur compléter l'expérience visuelle. C'est une façon de parler de son propre médium qui en dit long sur la cohérence entre la forme et le fond.
La bande-son du compositeur Eloi Caballé est une très bonne surprise. Elle mêle des oeuvres classiques, Bach, Wagner, Debussy, à des compositions originales, avec une philosophie claire : quand la musique sonne, c'est qu'elle raconte quelque chose. Le résultat est une atmosphère sonore dense, qui n'essaie pas d'être spectaculaire mais qui renforce l'immersion à chaque instant. Le doublage vocal, en anglais, est de bonne facture et contribue à donner vie aux personnages.
Un bémol technique à noter : l'absence de sauvegarde manuelle. Le jeu sauvegarde automatiquement, ce qui est généralement suffisant, mais constitue un irritant mineur pour les joueurs qui ont l'habitude de contrôler ce paramètre.

Verdict
Points forts :
- concept narratif brillant — Jules Verne dans son propre monde imaginaire est une idée d'une justesse évidente
- pixel art soigné, cohérent et expressif, réalisé par une seule personne
- bande-son qui mele classique et composition originale avec intelligence
- mécanique IMAG originale et bien intégrée au propos du jeu
- variété des situations qui maintient l'intérêt sur toute la durée
Points faibles :
- puzzles trop accessibles pour les joueurs expérimentés du genre
- durée courte : cinq à six heures, c'est vite passé
- absence de sauvegarde manuelle, irritant pour certains profils
- pas disponible sur PS5 ou Xbox, ce qui limite son exposition
Verne: The Shape of Fantasy est un jeu fait avec amour par quelqu'un qui avait une vraie vision et les moyens de la réaliser. Ce n'est pas un chef-d'oeuvre. C'est mieux : c'est un jeu sincère, original, et bien exécuté, qui te donne envie d'en savoir plus sur Jules Verne quand tu éteins ta console.
Testé sur PC, version complète
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