
Bulletreign: Survivors fait tout correctement, et c'est précisément son problème
Un bullet heaven propre, nerveux et parfaitement honnête, qui n'a qu'un défaut : on a déjà joué à ce jeu une centaine de fois sous d'autres noms.

Un tactical deckbuilder dark fantasy où bouger et frapper sont deux paquets de cartes distincts. Exigeant, malin, et bien plus profond qu'il n'en a l'air.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
8/10
Verdict
Recommandé
La plupart des deckbuilders tactiques mélangent tout dans un seul paquet : on pioche des cartes de déplacement et d'attaque pêle-mêle, et on bricole avec ce qui vient. Ashes of Morgravia fait un choix tout simple et redoutablement intelligent : il sépare les deux en deux decks distincts. Cette seule décision suffit à donner au jeu une tension stratégique qu'on ne lui soupçonnait pas.

Ashes of Morgravia est un RPG tactique mâtiné de deckbuilding, dans un monde dark fantasy, sorti le 22 juin 2026. L'univers évoque clairement ce qui a inspiré le genre soulslike : des dieux en décomposition surplombant un paysage en ruine, les vestiges d'un conflit divin imprégnant chaque rencontre, et des créatures déformées par une énergie nécrotique. Une ambiance lourde, mortifère, parfaitement raccord avec l'exigence du gameplay.
Voici le coeur du jeu, et sa vraie trouvaille. Vous jonglez avec deux paquets liés : Stride, pour le déplacement et la survie, et Clash, pour les attaques, les sorts et les coups décisifs. Le mouvement et le combat ne sont pas seulement des mécaniques séparées, ce sont des decks séparés. Concrètement, cela veut dire qu'on doit s'adapter en permanence à ce que la main autorise : impossible de planifier un assaut parfait si vos cartes de déplacement ne suivent pas, et inversement.
Cette séparation crée un dilemme constant et délicieux. Faut-il privilégier le repositionnement pour sa survie, au risque de ne pas pouvoir frapper, ou tout miser sur l'offensive en s'exposant ? Là où un deck unique laisse souvent le hasard dicter une bouillie de possibilités, le double deck force des arbitrages clairs et lisibles. C'est élégant, c'est profond, et ça donne à chaque tour une vraie densité tactique.

Les affrontements se déroulent au tour par tour sur une grille, où le positionnement, le timing et l'intention de l'ennemi déterminent si vous survivez au tour suivant. Le jeu affiche les intentions adverses, ce qui transforme chaque combat en problème à résoudre plutôt qu'en loterie : on lit la menace, on anticipe, on place ses pièces. C'est de la tactique au sens noble, celle qui récompense la réflexion froide et punit l'imprudence.
Face à des créatures rongées par l'énergie nécrotique, chaque rencontre pousse à repenser sa stratégie. La difficulté est réelle, à l'image de l'inspiration soulslike du jeu, et la satisfaction de démêler un combat qui semblait perdu est à la hauteur de l'effort demandé. On meurt, on comprend, on recommence plus malin.

Soyons honnêtes : Ashes of Morgravia ne fait pas de cadeau. Son exigence et son austérité, parfaitement cohérentes avec son ambiance, en feront un mur pour les joueurs qui cherchent un deckbuilder détendu. La double contrainte des decks séparés, géniale pour qui aime la tactique pointue, peut aussi frustrer quand la main refuse obstinément de vous donner ce dont vous avez besoin, et que la malchance s'invite dans un système déjà serré.
C'est le revers assumé d'un jeu qui vise la profondeur plutôt que l'accessibilité. Il faut accepter d'apprendre, de perdre, de composer avec la contrainte. Ce n'est pas le tactical deckbuilder pour s'initier au genre en douceur, c'est celui pour les amateurs qui veulent qu'on les fasse réfléchir.

L'univers n'est pas qu'un décor, il nourrit le jeu. Ashes of Morgravia plante son action dans un monde de dieux en décomposition surplombant un paysage en ruine, où les vestiges d'un conflit divin imprègnent chaque rencontre. On y affronte des créatures déformées par une énergie nécrotique, et cette imagerie soulslike, cette beauté pourrissante, donne du poids à chaque combat. On ne tape pas sur des sacs de points de vie, on lutte contre les rejetons d'un cataclysme théologique, et l'ambiance fait sentir cet enjeu à chaque tour.
Cette cohérence entre fond et forme renforce la rejouabilité. Comme chaque ennemi affiche son intention et impose d'adapter sa stratégie, et comme la double contrainte des decks change la donne à chaque partie, on ne traverse jamais deux fois un combat de la même manière. Apprendre les schémas adverses, comprendre comment Stride et Clash se complètent face à tel type de créature, affiner sa lecture du plateau : c'est un jeu qui se bonifie à mesure qu'on le maîtrise, et c'est exactement ce qu'on demande à un bon tactical.

Ashes of Morgravia prouve qu'une seule bonne idée, bien tenue, peut suffire à distinguer un jeu. Le double deck Stride et Clash n'est pas un gadget : il restructure toute la réflexion tactique et donne au jeu une identité forte dans un genre encombré. Le combat sur grille est exigeant et lisible, l'ambiance dark fantasy soulslike est réussie, et l'ensemble respire le soin et l'intention.
Son austérité et sa difficulté le réservent aux amateurs de tactique, et la part de hasard inhérente au deckbuilding peut agacer. Mais pour qui aime qu'un jeu lui résiste avec intelligence, c'est une vraie réussite, et l'une des plus belles surprises tactiques de ce lot.
Un tactical deckbuilder dark fantasy dont le système à double deck, séparant déplacement et combat, restructure brillamment la réflexion : exigeant, austère et parfois cruel, mais profond et plein d'identité. Une réussite pour les amateurs de tactique.
Points forts :
Points faibles :
Testé sur PC.
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