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Lanterns : Kyle Chandler a libéré Ryan Reynolds de son serment, et Aaron Pierre confirme tout ce qu'on soupçonnait
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Lanterns : Kyle Chandler a libéré Ryan Reynolds de son serment, et Aaron Pierre confirme tout ce qu'on soupçonnait

Un meurtre dans le Nebraska, deux flics intergalactiques et une double temporalité. La série DC démarre fort, malgré quelques ficelles trop visibles.

A

Alexandrosse

·17 août 2026·9 min de lecture

Il faut d'abord régler une question de casting, parce que c'est elle qui décide de tout dans une adaptation de super-héros. Et sur ce point, la série a déjà gagné.

Lanterns a été lancée le 16 août 2026 sur HBO Max, à raison d'un épisode par semaine le dimanche, pour une première saison de huit épisodes. Un seul est disponible à l'heure où j'écris, ce qui veut dire que cet article est une première impression et pas un verdict. Je n'y mettrai donc pas de note : juger huit heures de série sur une, c'est exactement le genre de raccourci qu'on reproche aux autres.

Lanterns, Kyle Chandler dans le role de Hal Jordan

Aaron Pierre, découvert par lassitude d'algorithme

Je l'avais déjà vu, et pas de la façon la plus glorieuse. Netflix me poussait Rebel Ridge depuis des semaines, la vignette ne me disait rien du tout, et j'ai fini par céder par dépit plus que par curiosité. Sorti le 6 septembre 2024, écrit et réalisé par Jeremy Saulnier. Aaron Pierre y joue Terry Richmond, un ancien Marine qui vient payer la caution de son cousin et se fait confisquer l'argent par la police corrompue d'une petite ville, au titre de la confiscation civile.

Ce qui m'a scotché, ce sont les combats. Et j'ai appris depuis un détail qui rend la chose bien plus intéressante : Saulnier a passé le tournage à lutter contre la chorégraphie. Il a expliqué avoir étudié quantité de vraies bagarres et poussé son équipe de cascades à rester maladroite, à refuser le geste stylé, pour capturer la gaucherie des combats réels. Aaron Pierre s'est entraîné dur et a exécuté lui-même une grande partie de ses scènes.

Ce que j'avais pris pour une chorégraphie exceptionnelle était donc exactement l'inverse : c'est l'absence de chorégraphie apparente qui rendait ces scènes si physiques. C'est une leçon de mise en scène d'action que beaucoup de blockbusters feraient bien de méditer.

Le scénario, en revanche, m'avait paru moyen. J'étais visiblement minoritaire : le film affiche 95 pour cent sur Rotten Tomatoes, ce qui en fait l'un des thrillers les mieux reçus de son année. Sa lenteur volontaire m'a sans doute moins parlé qu'aux autres, mais la critique a suivi Saulnier sans réserve.

Ce qui compte pour Lanterns, c'est que ce rôle avait déjà démontré ce que la série exploite maintenant : Pierre tient l'écran sans forcer, avec une présence physique qui n'a pas besoin de bruit. Pour John Stewart, ancien Marine lui aussi dans les comics, c'était presque un casting par déduction.

Lanterns, Aaron Pierre dans le role de John Stewart

Kyle Chandler, et la libération de Ryan Reynolds

J'ai en tête la scène du Seigneur des Anneaux où Aragorn libère l'armée des morts de son serment. Et ce n'est pas qu'une vanne.

Parce que le Green Lantern de 2011 n'a pas seulement échoué, il a hanté tout le monde pendant quinze ans. Ryan Reynolds lui-même en a fait un gag récurrent, jusqu'à s'en moquer frontalement dans Deadpool. Ce film est devenu la preuve par l'absurde qu'on ne savait pas adapter ce personnage, et il a pesé sur chaque tentative suivante.

Kyle Chandler règle le problème d'une manière assez simple : il ne joue pas un super-héros. Il joue un homme fatigué qui a fait ce travail trop longtemps. C'est exactement le registre où Chandler est imbattable depuis Friday Night Lights, cette autorité tranquille de type qui n'a plus rien à prouver et que la lassitude rend crédible. Un Hal Jordan de cinquante ans plutôt qu'un jeune premier en combinaison verte, c'est le choix qui débloque tout le personnage.

Alors oui : tu es libéré, Ryan. Va en paix.

Ce que la série est vraiment, et c'est la bonne surprise

Le pitch officiel tient en une ligne : deux flics intergalactiques se retrouvent mêlés à un mystère terrestre en enquêtant sur un meurtre au coeur de l'Amérique profonde. Le meurtre a lieu à Rushville, dans le Nebraska, et il finit par avoir des implications cosmiques.

Autrement dit, ce n'est pas une série de super-héros. C'est un polar rural avec des anneaux.

La structure va dans le même sens, et c'est là que le travail d'écriture se voit. La saison fonctionne sur deux temporalités : un fil situé en 2016, où Hal forme John, et l'enquête au présent en 2026, environ un an après les événements de Superman et de la deuxième saison de Peacemaker. Un vétéran et une recrue, une relation tendue qui se déplie sur deux époques : la comparaison avec True Detective s'impose d'elle-même, et la critique l'a faite immédiatement.

Le trio créatif explique beaucoup. Chris Mundy, qui tient le rôle de showrunner, vient d'Ozark, donc de la noirceur américaine provinciale. Damon Lindelof vient de Lost et surtout de Watchmen, la meilleure chose jamais faite avec des super-héros à la télévision. Et Tom King est un auteur de comics dont l'obsession est précisément l'usure psychologique des héros. Ces trois-là ne pouvaient pas produire un divertissement en collants.

L'épisode pilote pose son intrigue avec méthode plutôt qu'avec du spectacle, et la scène d'interrogatoire de Hal Jordan est le meilleur moment de l'heure. Elle fonctionne parce qu'elle ne repose sur aucun pouvoir. Deux hommes, une table, et un rapport de force qui se renverse par la parole. Une série de super-héros capable de tenir sa meilleure scène sans un seul effet spécial annonce en général quelque chose de solide.

Lanterns, la sherif du comte et l ancrage rural de l enquete

Le reproche, et il est fondé

Il y a des facilités d'écriture, et je vais les formuler sans rien dévoiler.

Il y a dans ce premier épisode un ou deux moments où la mécanique du récit devient visible. Un personnage apparaît, la mise en scène s'attarde d'une seconde de trop, la musique appuie légèrement, et le spectateur habitué comprend immédiatement que cette personne ne restera pas décorative. Ce n'est pas une faute grave, c'est une couture apparente.

Et c'est d'autant plus dommage que le reste de l'épisode fait exactement l'inverse : il laisse traîner des détails sans les souligner, il fait confiance au spectateur, il installe son ambiance par le silence et les paysages plutôt que par l'explication. Quand une série sait faire ça, ces petits coups de projecteur détonnent.

Ce sont des cas rares. Mais sur huit épisodes, ils indiqueront vite si l'écriture tient sa ligne ou si elle cède aux réflexes du genre quand l'intrigue doit avancer.

Lanterns, Hal Jordan et John Stewart au bar

Ce que dit la critique

Les chiffres confirment l'impression générale : la série affiche 90 pour cent sur Rotten Tomatoes pour une quarantaine de critiques, avec le label Certified Fresh, ce qui en fait l'un des projets les mieux reçus du nouvel univers DC.

Les louanges portent surtout sur deux points : l'écriture du trio Mundy, Lindelof et King, et l'interprétation. Une formule revient souvent, et elle résume bien la chose : l'approche ancrée et âpre paie, et elle offre à l'univers DC une victoire dont il avait besoin.

C'est un point de contexte important. Le nouvel univers DC a besoin de démontrer qu'il peut produire autre chose que des films de lancement, et une série adulte de huit épisodes qui fonctionne sur son écriture plutôt que sur ses effets est probablement la meilleure preuve possible.

Lanterns, le duo en pause pendant l enquete

Notre position après un épisode

Le casting est réglé, et c'est déjà énorme. Chandler apporte une gravité que ce personnage n'avait jamais eue à l'écran, Pierre confirme ce que Rebel Ridge laissait entendre, et le duo fonctionne exactement sur le déséquilibre qu'il faut.

La proposition est intelligente : sortir Green Lantern de l'espace pour l'enfermer dans un polar du Midwest, c'est le meilleur moyen de rendre le cosmique intéressant. On s'intéresse à l'infini quand il fait irruption dans une petite ville, pas quand il occupe tout l'écran.

Reste à voir si la série tient la distance, si les deux temporalités se rejoignent avec élégance, et si ces petites facilités restent l'exception. On en reparlera à la fin de la saison, avec une note cette fois.

En attendant, une question pour vous : est-ce qu'un Green Lantern vieillissant et fatigué vous paraît une meilleure idée qu'un jeune pilote intrépide, ou est-ce qu'on trahit là quelque chose du personnage ?

On refait le monde des adaptations sur le Discord d'InsertCoins, et les avis sur DC y sont rarement tièdes.

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