J'avais pleuré pour le 3, comme tout le monde, sinon vous n'avez pas de coeur. Je n'avais pas aimé le 4, même si j'avais pleuré pour le départ de Woody. Et puis la vie a fait son travail : maintenant je suis papa. Deux fois. Quelle idée, haha. Alors quand je me suis assis devant Toy Story 5, je ne savais pas encore que ce n'était plus le gamin des années 90 qui allait regarder ce film, mais le père que je suis devenu. Et cette fois, il m'a parlé comme aucun autre.

Toy Story 5 est sorti le 19 juin 2026, réalisé par Andrew Stanton et co-réalisé par Kenna Harris. Woody, Buzz, Jessie et toute la bande voient leur rôle bousculé par l'arrivée de Lilypad, une tablette flambant neuve qui débarque dans la vie de Bonnie avec ses propres idées, très arrêtées, sur ce qui est bon pour leur enfant. Le pitch, sur le papier, ressemble à une énième aventure de jouets. En réalité, Pixar signe une réflexion frontale sur notre époque : que devient le jeu quand plus personne ne joue avec des jouets ? Que fait le temps d'écran à nos enfants ?
C'est là que le film m'a cueilli, en tant que père. Mes enfants n'ont pas encore de tablette, et ce n'est pas près d'arriver. Voir un blockbuster d'animation grand public poser cette question sans démagogie, avec la tendresse et l'intelligence de Pixar, ça m'a touché plus que je ne l'aurais cru. On sent que Stanton et son équipe ne font pas la morale : ils constatent, ils s'inquiètent doucement, et ils nous laissent avec nos propres questions de parents.

La side story des Buzz l'Éclair, ce petit bonheur
Avant de parler du coeur du film, il faut rendre justice à sa folie. Il y a une petite affaire de cinquante Buzz l'Éclair commémoratifs coincés en mode jouet, qui vont créer un joyeux chaos pour tout le monde. Cette side story avec les Buzz l'Éclair est vraiment fun. C'est du Pixar dans ce qu'il fait de mieux en registre comique : une idée absurde, exploitée à fond, qui fait rire les enfants au premier degré et les parents au second. Elle allège le propos, elle rythme le film, et elle rappelle que Toy Story n'a jamais oublié d'être un divertissement avant d'être une leçon.

Mais c'est l'histoire principale qui m'a serré la gorge. Elle est touchante, et on est triste pour ces deux petites filles, Bonnie et celle qui a récupéré Jessie, qui ne sont pas faites pour un monde numérique, précisément parce qu'elles débordent d'imagination. Et là, le film met le doigt sur quelque chose que je ressens profondément : jouer à Candy Crush n'a jamais exprimé la moindre imagination. Au contraire, ça la tue. Un écran vous occupe, il ne vous invente rien. Un jouet, lui, ne fait rien tout seul : c'est l'enfant qui lui donne une voix, une histoire, une vie.
Quand je vois mon fils de 5 ans inventer des aventures avec ses jouets, exactement comme moi à son âge, je suis super content, et j'espère de tout mon coeur que ça durera. Toy Story 5 met des images sur cette peur discrète de tous les parents de ma génération : celle de voir nos gosses troquer les mondes infinis qu'ils s'inventent contre le défilement sans fin d'un écran. Le film ne diabolise pas la technologie bêtement, mais il défend le jeu, le vrai, celui qui naît de rien et remplit une chambre entière.

Et puis il y a la nostalgie, celle qui vous rattrape quand la musique démarre. J'étais là, Gandalf, il y a 3000 ans, dans mon petit ciné de quartier, quand Toy Story 1 est sorti. Je suis de cette génération qui a connu les Disney au cinéma, en commençant par Le Roi Lion premier du nom, que j'étais sûrement trop petit pour avoir le droit de voir en salle. Mais c'étaient les années 90 : on n'avait même pas de ceinture de sécurité, les parents fumaient dans la voiture, et on mangeait des cochonneries bourrées de sucre à l'arrière.
Aujourd'hui, nos enfants ont des ceintures trois points avec des sièges Isofix, interdiction de grignoter derrière, et personne de sensé ne fume devant ses gosses. Ne fumez pas devant vos enfants, par pitié, haha. Le monde a changé, en mieux sur bien des points, et Toy Story a grandi avec nous. Ce cinquième épisode parle aussi à ça : aux enfants qui ont vu le premier et qui sont devenus parents à leur tour. Pixar sait toujours comment nous parler, à nous, la génération qui a rangé ses jouets sans jamais vraiment les oublier.

L'histoire est bonne, le film est magnifique, et c'est même sûrement l'un des meilleurs Toy Story, même si celui-là ne m'a pas fait pleurer, haha. Et vous savez quoi ? Ce n'est pas un défaut. Là où le 3 nous arrachait le coeur sur la fin de l'enfance, le 5 fait autre chose de plus rare : il s'adresse au parent qu'on est devenu, il pose les bonnes questions sur nos gosses et les écrans, et il défend l'imagination sans jamais nous prendre de haut.
Je suis entré dans la salle en nostalgique. J'en suis ressorti en père un peu plus déterminé à laisser mes enfants inventer leurs propres aventures le plus longtemps possible. Si un dessin animé de jouets arrive à faire ça, c'est qu'il a tout compris. Merci Pixar, encore une fois.
Chronique personnelle. Toy Story 5, réalisé par Andrew Stanton, en salles depuis le 19 juin 2026.