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Master Healer Kale vous met enfin dans la peau du soigneur, et prouve que ce rôle méritait son jeu depuis longtemps
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Note6/10

Master Healer Kale vous met enfin dans la peau du soigneur, et prouve que ce rôle méritait son jeu depuis longtemps

Vous avez toujours été le héros qui tape. Ici vous êtes le soigneur qui garde en vie trois abrutis. Master Healer Kale tient une idée en or, mais s'arrête juste avant de la creuser.

A

Alexandrosse

·3 juillet 2026·6 min de lecture

Note InsertCoins.press

6/10

Verdict

Mitigé

Dans trente ans de RPG, on a incarné le chevalier, le mage, le voleur, l'élu, le dieu déchu et le gamin à la grosse épée. On n'a presque jamais incarné celui qui, dans l'ombre, empêche tout ce beau monde de mourir. Master Healer Kale répare cette injustice avec une idée aussi simple qu'irrésistible : et si, pour une fois, vous étiez le soigneur, et si en plus votre équipe était composée de trois bras cassés ?

Master Healer Kale, le soigneur au centre d'une équipe qu'il faut maintenir en vie coûte que coûte

Le contexte

Master Healer Kale with useless party est un petit jeu incrémental développé par Evrac Studio, sorti le 2 juillet 2026 sur PC et Mac pour un tarif dérisoire d'environ quatre euros. On y incarne Kale, soigneur de son état, en route pour vaincre le Roi Démon avec une équipe qui donne son titre au jeu : un tank qui dort en permanence, un archer débutant et un mage génial mais insupportable. Prévu pour être bouclé en quatre heures, avec un habillage pixel art à la sauce anime, c'est le genre d'objet modeste qu'on ouvre sans attente et qu'on referme avec le sourire.

Ce qu'il apporte : la révolution du point de vue

La grande idée, la seule qui compte vraiment, tient dans le renversement de perspective. Le healer est le rôle le plus ingrat du jeu vidéo, celui qu'on relègue à l'IA ou qu'on force le copain le plus patient à prendre en groupe. Personne ne rêve d'être le soigneur, et c'est précisément pour ça que lui consacrer un jeu entier est une trouvaille. Ici, vous ne tapez pas, ou si peu. Votre travail, votre unique responsabilité, c'est de garder en vie trois personnages qui font n'importe quoi pendant que vous jonglez avec vos sorts. Le stress est inversé, la satisfaction aussi : un combat gagné, ce n'est pas un ennemi abattu, c'est une équipe qui a survécu grâce à vous.

Cette bascule change tout le rapport au combat. Là où un RPG classique vous demande d'optimiser vos dégâts, Master Healer Kale vous demande d'anticiper les dangers, de prioriser les soins, de choisir qui sauver quand tout part en vrille. Vous lisez le champ de bataille non pas pour frapper, mais pour colmater. C'est une gymnastique mentale rare, et le jeu a le mérite de la placer au centre plutôt que de la reléguer en tâche de fond. Pour quiconque a déjà aimé jouer support dans un MMO ou un MOBA, c'est une lettre d'amour à un rôle mal-aimé.

Master Healer Kale, l'arbre de compétences aux 200 améliorations, du soin pur aux dégâts d'équipe

Les mécaniques : de l'incrémental bien tenu

Sous le concept, on trouve une structure d'incremental game assumée. Le combat est largement automatique : votre équipe agit seule, et vous intervenez avec dix-huit sorts actifs de soutien, du soin brut au buff en passant par quelques options offensives. Le vrai coeur du jeu, c'est son arbre de compétences aux plus de deux cents améliorations, qui vous laisse sculpter votre style, du healer pur qui ne fait que maintenir en vie au soigneur hybride qui finit par infliger des dégâts non négligeables. On progresse à travers seize donjons, on débloque des paliers, on affine sa build, et la boucle de gratification propre au genre fonctionne parfaitement.

Ce qui sauve l'ensemble de la passivité, c'est que les boss refusent le simple spam de soins. Ils imposent de varier les approches, de jouer avec le timing des sorts et l'agencement des compétences, et ces pics de tension rappellent régulièrement qu'il y a un cerveau à mettre derrière les automatismes. L'arbre est assez généreux pour donner un vrai sentiment de montée en puissance sur la durée courte du jeu, et à quatre euros, la densité de contenu est parfaitement honnête. On en a clairement pour son argent.

Ce qui manque pour en faire un très bon jeu

Et pourtant, on reste sur une petite faim, parce que le jeu s'arrête juste au moment où son idée devient passionnante. Le premier manque est structurel : c'est un incremental, donc une bonne partie de l'action se joue toute seule, et le rôle de healer, aussi malin soit-il, se résume souvent à cliquer ses sorts au bon moment sur un combat qu'on ne contrôle pas vraiment. On aurait rêvé que le concept aille vers plus d'interaction directe, plus de décisions de placement, plus de contrôle sur ce chaos qu'on est censé rattraper. L'idée du soigneur héroïque mérite un vrai système tactique, pas seulement une couche de soins posée sur de l'idle.

Le second manque est celui de l'ambition narrative. Une équipe de bras cassés, un tank qui dort, un mage odieux : il y avait là matière à une comédie d'aventure savoureuse, à des dialogues, à une vraie dynamique de groupe qui aurait donné chair au gimmick. Le jeu effleure cet humour sans jamais s'y engager pleinement, et ses personnages restent des étiquettes plus que des compagnons. Ajoutez à cela une durée de quatre heures qui laisse le concept à peine exploré, et vous obtenez une excellente démonstration d'intention plutôt qu'un jeu qui va au bout de sa promesse. Le squelette d'un très grand petit jeu est là ; il lui manque la chair.

Master Healer Kale, un combat de boss qui exige de varier les sorts plutôt que de spammer les soins

Ce qu'on retient

Master Healer Kale with useless party est un de ces petits jeux qu'on a envie de défendre pour leur idée avant même de parler de leur exécution. Mettre le joueur dans la peau du soigneur, ce héros de l'ombre qu'aucun RPG ne met jamais en avant, est une trouvaille qui mériterait de faire des petits. La mécanique fonctionne, l'arbre de compétences est riche, les boss donnent du grain à moudre, et pour le prix d'un café, c'est une parenthèse maligne et attachante qui comble un vrai angle mort du genre.

Mais on ne peut pas s'empêcher de rêver au jeu qu'il aurait pu être. Le format incremental bride son ambition, l'automatisation dilue le plaisir du contrôle, et son casting de bras cassés reste un décor plutôt qu'une comédie. Master Healer Kale est la preuve de concept brillante d'un jeu qui n'existe pas encore vraiment, celui qui prendrait cette idée du soigneur-héros pour en tirer un vrai système tactique et une vraie histoire. En l'état, c'est une jolie curiosité qu'on recommande sans hésiter à ce prix, en espérant très fort qu'Evrac, ou quelqu'un d'autre, ose un jour la version complète.

Verdict

Une idée en or, le soigneur enfin au centre du jeu, servie par un incremental honnête mais trop sage : on adore le concept, on reste sur notre faim pour l'exécution, et on rêve déjà de la suite.

Points forts :

  • Un renversement de perspective génial : vous êtes le healer, pas le héros
  • Un arbre de plus de 200 compétences qui donne une vraie liberté de build
  • Des boss qui exigent de la réflexion plutôt que du spam de soins
  • Un contenu généreux et honnête pour quatre euros

Points faibles :

  • Le format incremental joue trop souvent tout seul et bride le contrôle
  • Un casting de bras cassés sous-exploité, presque aucune comédie
  • Quatre heures qui laissent l'excellente idée à peine explorée

Testé sur PC.

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