
Archipeo : des milliers d'îles, des bateaux qui font la navette, et moi qui n'ai pas dormi
Un Anno procédural où le transport est le vrai jeu. Chaque cargo mal affecté se venge quarante minutes plus tard.

Un musée en miettes, sept jours pour le remonter, et des gadgets qui finissent par ramasser les morceaux à votre place.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
6/10
Verdict
Mitigé
Un tremblement de terre a eu lieu cette nuit. Les vitrines sont en éclats, les socles de marbre fendus, et quelque part sous les gravats il y a une lame de forgeron, un masque funéraire de pharaon et le crâne d'une bête qui n'a plus marché sur Terre depuis soixante millions d'années.
Vous avez sept jours. Au bout des sept jours, le conseil d'administration décide si le musée rouvre ou ferme définitivement.
C'est une très bonne mise en place. C'est même la meilleure chose du jeu.

On ramasse un bout de truc par terre. On le regarde. Le jeu lui dessine un contour lumineux à l'endroit où il va. On l'y met.
Répétez 3 105 fois.
Ce chiffre n'est pas une exagération de ma part, c'est celui qui est écrit sur la fiche du jeu : 3 105 fragments répartis sur 428 objets. Les développeurs en sont fiers, et je comprends pourquoi, c'est un travail de découpe considérable. Mais annoncer un volume de tâches comme argument de vente, c'est aussi annoncer très clairement ce qu'on vient chercher.
La bonne nouvelle, c'est que la sensation est là. Il y a un plaisir bête et réel à voir une salle passer de champ de ruines à quelque chose qu'on paierait pour visiter. Les éclats de verre disparaissent, les piédestaux se redressent, et le son ambiant de la salle change à mesure qu'elle se remplit. Ce détail sonore est la meilleure idée du jeu, celle qu'on ne remarque pas sur le moment et qui fait qu'on continue.
Chaque salle terminée est notée sur la précision, pas sur la vitesse. Un placement bâclé fait descendre votre évaluation, et l'évaluation décide de la réouverture.
Sur le papier, c'est la mécanique qui sauve le jeu de la simple checklist. Dans les faits, elle se dégonfle assez vite, parce que le contour lumineux vous dit où va chaque pièce. Il est difficile de se tromper quand la réponse est surlignée. J'ai passé mes premières heures à me demander où était la sanction, et je n'ai jamais vraiment senti le conseil me souffler dans le cou.

Et là il y a un problème que je trouve fascinant.
À mesure qu'on nettoie des salles, on débloque du matériel : des drones de collecte, un visière de réalité augmentée, un outil d'accrochage automatique.
Lisez bien ce que font ces trois objets.
Les drones : vous tenez un fragment, vous les lâchez, ils vont chercher tous les autres morceaux du même objet et vous les ramènent dans les mains. La visière : elle surligne les pièces qui appartiennent au même objet pour vous éviter de les chercher. L'accrochage automatique : il verrouille instantanément le fragment à sa position correcte, sans alignement manuel.
Autrement dit, la progression consiste à débloquer des outils qui suppriment successivement les trois seules choses qu'on faisait : chercher, identifier, placer.
Je ne dis pas que c'est mal fait. C'est même un vrai soulagement à la salle douze. Je dis que c'est l'aveu le plus honnête qu'un jeu de rangement ait fait depuis longtemps : il a compris que sa boucle fatigue, et il a intégré la fatigue dans son arbre de progression.
Le seul endroit où on prend une décision, c'est le choix de la salle suivante et l'empilement des capacités. Quelle aile attaquer d'abord, quels gadgets combiner. Ça donne un rythme personnel, et c'est plus qu'une simple illusion de choix, mais ce n'est pas non plus un système de jeu à proprement parler.

Mon meilleur moment, je vous le donne parce qu'il est ridicule : le crâne de dinosaure. On assemble une chose qui fait trois mètres, os par os, sans manuel, et quand la dernière vertèbre se met en place on recule pour regarder. Pendant vingt secondes, j'étais paléontologue. Aucun jeu de rangement ne m'avait fait ça.
Le reste du temps, j'étais un employé à qui on avait donné une visière qui trouve les objets.

Si vous cherchez la chose qui tourne en fond pendant un podcast et qui vous récompense toutes les quatre minutes, c'est exactement le produit. Si vous voulez que la restauration d'un musée demande une connaissance, une hésitation, un risque de se tromper, allez voir ailleurs, le contour lumineux vous attend.
Vous êtes team podcast ou team énigme sèche ? Venez trancher sur le Discord d'InsertCoins, on a déjà un camp qui défend le crâne de dinosaure.
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