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Thirty Years War : le carton marron de notre enfance a survécu, il coûte juste plus cher et parle uniquement anglais
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Thirty Years War : le carton marron de notre enfance a survécu, il coûte juste plus cher et parle uniquement anglais

80 scénarios, pique et mousquet, Gustave Adolphe et Breitenfeld. Un wargame à hexagones héritier direct de John Tiller, aussi rigoureux qu'austère.

A

Alexandrosse

·10 août 2026·7 min de lecture

Il faut qu'on vous raconte d'où on parle, parce que ça change tout.

Avant d'avoir un salaire et une carte bancaire, on dessinait nos wargames. Des hexagones tracés à la règle, des forêts griffonnées dedans, du carton marron découpé en petits pions, avec des bonshommes cavaliers et des bonshommes fusil dessus, des valeurs d'attaque et de défense inscrites au stylo dans les coins. On y jouait des après-midi entiers sur une table de cuisine. C'était laid, c'était bancal, et c'était formidable.

Aujourd'hui on est plus vieux, on peut acheter les vrais jeux, et notre compagne est prête à céder l'intégralité de la collection à qui la débarrassera. C'est dire si on est légitime pour juger celui-ci.

Thirty Years War, le wargame tactique a hexagones sur la guerre de Trente Ans

L'héritage, et il est prestigieux

Thirty Years War sort le 14 août 2026, développé et édité par Wargame Design Studio. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais il faut savoir ce qu'il y a derrière.

Wargame Design Studio a racheté l'intégralité du catalogue de John Tiller Software, son code source et son nom, opération finalisée en 2021. John Tiller, c'est l'homme qui a fait passer le wargame à hexagones et pions du carton à l'écran, et qui l'a fait si bien qu'il a converti une génération entière de joueurs de plateau, tout en en amenant d'autres au jeu de société par le chemin inverse. Le catalogue maison compte près de cent titres, avec des séries comme Panzer Campaigns, Panzer Battles ou Civil War Battles.

Autrement dit : ce que vous dessiniez au feutre sur du carton, ces gens en ont fait leur métier pendant trente ans. La filiation est directe, revendiquée, et c'est précisément pour ça que ce jeu mérite qu'on en parle plutôt que de le laisser passer.

Ce que propose le jeu

C'est un wargame tactique sur la guerre de Trente Ans, couvrant l'ensemble du conflit et pas seulement une tranche commode. On traverse la révolte de Bohême et la campagne du Palatinat, l'intervention danoise face à Tilly et Wallenstein, l'intervention suédoise de Gustave Adolphe avec Breitenfeld et Lützen, puis l'intervention française et l'affrontement franco-espagnol jusqu'à Rocroi.

Le contenu annoncé est massif : 80 scénarios indépendants. Du côté impérial et de la Ligue catholique, on aligne l'infanterie et la cavalerie impériales, les armées de Tilly, les forces espagnoles des Habsbourg, l'armée bavaroise tardive de Mercy, les troupes légères croates et la cavalerie mercenaire. En face, les Suédois de Gustave Adolphe, les Danois, les armées protestantes allemandes de Mansfeld, les Français, les contingents du Palatinat, et les Saxons qui changent de camp selon les périodes, ce que le jeu modélise au lieu de le simplifier.

Le point qui devrait vous parler, c'est la période elle-même. La guerre de Trente Ans se situe exactement à la charnière entre la guerre de la Renaissance et le champ de bataille moderne, et le jeu en fait son sujet. Le mousquet à mèche reste la norme, le silex n'apparaît que dans des rôles limités, les formations denses de pique et mousquet structurent le combat d'infanterie, la charge de cavalerie reste décisive, et l'artillerie monte en importance sans jamais être employée de façon cohérente. Surtout, les ordres de bataille reflètent la réalité mercenaire du conflit : des armées multinationales, en sous-effectif, inégalement entraînées, où la qualité varie énormément entre vétérans, levées et troupes louées.

Pour quelqu'un qui inscrivait des valeurs au stylo dans le coin de ses pions, c'est exactement le niveau de granularité qui fait plaisir.

Thirty Years War, les ordres de bataille et les formations de pique et mousquet

Le jugement, puisque vous le demandez

Le jeu n'étant pas encore sorti, on ne lui mettra pas de note, et on ne prétendra pas l'avoir joué. En revanche, on peut juger la proposition, et là, on sait très bien à quoi s'attendre, parce que ce studio ne change pas de méthode d'un titre à l'autre.

Le meilleur, d'abord. Chez WDS, la rigueur historique n'est pas un argument marketing, c'est le produit. Les ordres de bataille sont documentés, les échelles sont respectées, et la profondeur de simulation dépasse largement ce que proposent les jeux de stratégie grand public sur la même période. Quatre-vingts scénarios, c'est une quantité que très peu d'éditeurs osent encore.

Le moins bon, ensuite, et il faut être franc. Les jeux de ce catalogue sont réputés austères, et c'est un euphémisme. Interface dense et peu accueillante, présentation datée, courbe d'apprentissage verticale, documentation à lire comme un règlement de jeu de plateau. Ce n'est pas un accident, c'est une philosophie : ces jeux s'adressent à des gens qui veulent le règlement, pas l'ergonomie. Si vous avez aimé passer une heure à établir vos propres règles maison sur une table de cuisine, vous allez vous sentir chez vous. Sinon, vous allez souffrir.

Dernier point, et il valide votre plaisanterie mieux que prévu : le jeu est annoncé en anglais uniquement. Pas de version française, ni maintenant ni à l'horizon. Vous ne serez donc probablement pas la seule vente française du titre, mais vous ferez partie d'un club minuscule, et ce n'est pas faute de goût, c'est faute de traduction.

Alors oui, ce sera de nouveau les Anglo-Saxons et l'Europe centrale qui feront tourner la boutique. Tant pis pour nous. Et si votre compagne persiste à vouloir de la place, rappelez-lui l'argument imparable : celui-ci ne prend aucun espace sur l'étagère.

Thirty Years War, les cartes tactiques et les campagnes du conflit

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