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Un roguelite d'open space où l'on livre des bières et où l'on démonte ses collègues. Bête, sanglant, drôle, et en coopération sur le même canapé.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
8/10
Verdict
Recommandé
Un des meilleurs roguelites de l'année. Bon, on est en août, et j'ai encore quatre mois pour me contredire.
Mais quand même : un chevalier en carton qui libère un open space, ça n'aurait pas dû marcher aussi bien.

Le point de départ est une blague de bureau. L'entreprise a sombré, une culture toxique a transformé les employés en créatures, et il faut nettoyer étage par étage jusqu'à affronter le directeur général.
Sauf qu'il y a un détail de conception que je trouve brillant, et qui n'a l'air de rien : la journée vous êtes un employé normal, et vous devenez le Box Knight quand l'horloge affiche 17 heures le vendredi. Vous montez la tour, vous battez le patron ou vous mourez en essayant, et vous recommencez la semaine suivante.
C'est la boucle du roguelite plaquée sur le calendrier professionnel. Mourir n'est pas un échec, c'est un lundi. Recommencer n'est pas une punition, c'est une semaine de travail de plus. Je n'avais jamais vu quelqu'un faire coïncider aussi proprement la structure d'un genre avec le sujet de son jeu.
Et la mission secondaire officielle du chevalier, c'est de livrer des bières, du vin et des boissons sans alcool aux collègues dans le besoin. Voilà, vous savez si le jeu est pour vous.
Faire un chevalier en carton, ce n'est pas seulement une bonne blague visuelle, c'est un permis.
Le carton autorise des animations exagérées, des morceaux qui partent, des mises à mort qui giclent sans jamais devenir désagréables, parce que c'est de l'emballage qu'on découpe. La direction artistique assume complètement : le studio parle d'ennemis grotesquement mignons et d'exécutions à la fois sanglantes et idiotes, et c'est exactement ce qu'on obtient.
C'est parfois franchement dégueulasse. Et comme tout est en carton et en couleurs vives, on rigole au lieu de grimacer.
Les ennemis sont des abstractions de vos collègues les moins aimés. Les gobelins-drones sont mentionnés nommément par le studio, et si vous avez déjà travaillé en entreprise vous voyez très bien de qui il s'agit.
Rapide, lisible, facile à prendre en main. On taille dans le tas, salle par salle, avec un éventail d'armes, des attaques spéciales et des exécutions.
Mais il y a une couche par-dessus que je ne m'attendais pas à trouver : les types d'ennemis fonctionnent sur un principe de pierre-feuille-ciseaux. Chacun ajoute un élément, ou une combinaison d'éléments, qui oblige le Box Knight à changer de façon de jouer.
Autrement dit, on ne peut pas traverser une salle avec le même réflexe qu'à la précédente. C'est ce qui empêche un jeu d'action bourrin de devenir un jeu où l'on appuie sur un bouton pendant vingt minutes.
Le reste suit la grammaire du genre, bien exécutée. Chaque partie est différente, les donjons sont générés, et mieux on joue, plus on a de chances de débloquer des améliorations temporaires pour la partie en cours. On essaie des constructions différentes : la brute qui encaisse et frappe fort, ou l'opérateur rapide qui frappe et disparaît.

C'est le nom de la progression permanente, et il fallait y penser.
Quand vous tombez, ce sont les agents d'entretien qui vous relèvent et qui améliorent durablement les caractéristiques du Box Knight. Le studio résume ça d'une formule que je garde : la mort rapporte toujours quelque chose.
Dans un immeuble de bureaux, faire des concierges les seuls dépositaires du savoir et du pouvoir de réparation, c'est une blague sociale et c'est la meilleure du jeu.
Elle est bien réglée, et je vais être précis parce que c'est rare.
Ce n'est pas un jeu facile. Ce n'est pas non plus un jeu difficile, et surtout ce n'est pas un jeu qui cherche à prouver quoi que ce soit. Il propose exactement la dose de résistance nécessaire pour qu'une victoire compte, sans jamais transformer une soirée en corvée.
Quelques boss m'ont fait recommencer plusieurs fois, et c'était le bon genre de recommencement : celui où l'on comprend ce qu'on a raté au lieu de fulminer contre le jeu.
Il y a un âge où l'on n'a plus rien à démontrer à un jeu vidéo. Celui-ci l'a compris.

Voilà le point sur lequel je veux insister, parce que c'est devenu rare et que ça vaut d'être signalé.
Box Knight propose de la coopération en écran partagé, sur la même machine. Pas seulement un mode en ligne : deux manettes, un canapé, un écran. Il gère aussi le jeu à distance ensemble pour ceux qui ne sont pas dans la même pièce.
Un roguelite d'action idiot et sanglant, c'est fait pour se jouer à côté de quelqu'un. La moitié du plaisir vient de la personne qui hurle quand vous ramassez l'amélioration qu'elle convoitait, et cette moitié-là ne passe pas par un casque.
Alors un mot pour les studios qui font des roguelites : gardez le canapé. Un mode en ligne banal, tout le monde en propose. Deux joueurs sur le même écran qui se gênent mutuellement, c'est ce dont on se souvient.

Il y a une personnalisation complète, casques, uniformes et armes, et le studio pose la question dans les termes qu'il fallait : quelle est votre marque de Box Knight ? Même l'écran de customisation fait une blague sur l'entreprise.
C'est un jeu à moins de treize euros qui sait exactement ce qu'il est. Il ne prétend pas révolutionner le genre, il ne cache pas ses emprunts, et il ne se prend jamais au sérieux une seconde. Ce sont trois qualités qu'on sous-estime.
J'y ai passé beaucoup plus de temps que ce que ce test exigeait. C'est le seul indicateur qui ne triche pas.
Merci à We Made A Thing Studios, donc, pour la petite pépite de milieu d'année.
Vous jouez la brute ou l'ombre ? Venez comparer vos semaines de travail sur le Discord d'InsertCoins.
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