
Dungeon Rampage Remastered : un gamin de dix ans a refusé que son jeu meure, et il a gagné
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Vous remplissez des certificats de décès dans un manoir anglais de 1959. L'idée est excellente. L'interface se met en travers.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
6/10
Verdict
Mitigé
« Votre travail consiste à rédiger le certificat de décès. »
C'est la première phrase de la page du jeu, et c'est la meilleure idée de la semaine. Pas enquêter, pas résoudre, pas accuser. Remplir un document administratif correctement.
Dans un genre où l'on finit toujours par désigner un coupable avec une musique triomphale, remplacer la révélation par un formulaire à compléter est un geste d'écriture. Le médecin légiste n'a pas à être satisfait, il a à être exact.

Angleterre, 1959. Un manoir. Une mort suspecte.
La direction artistique s'inspire des bandes dessinées policières européennes des années soixante, et le résultat est franchement beau : des aplats sourds, des visages dessinés plutôt que modélisés, une mise en page qui emprunte autant au magazine qu'au jeu. Même les joueurs les plus durs avec Fleming Manor concèdent ce point, parfois en le présentant comme la seule chose à sauver.
On examine des scènes, on analyse des indices, on remplit des certificats de décès et des rapports d'urgence. Chaque épisode introduit ses propres mécaniques d'énigme, ce qui évite la lassitude structurelle du genre : vous ne passez pas six heures à faire exactement la même opération. À un moment vous réorganisez des flacons de médicaments dans une trousse de secours, à un autre vous déterminez où quelqu'un est mort à partir de la position du corps.
Et il y a plusieurs fins. Dans un jeu de déduction, c'est rare au point d'être presque paradoxal, puisque le principe même du genre est qu'il existe une vérité. Fleming Manor accepte que votre certificat soit faux et que l'histoire continue quand même, ce qui est une idée que j'aimerais voir reprise ailleurs.
62 % d'avis positifs. Pour un jeu d'enquête bien écrit avec une direction artistique saluée, c'est un chiffre qui demande une explication, et l'explication est remarquablement constante.
Ce n'est pas l'énigme qui bloque, c'est la saisie.
Un joueur résume le ressenti exactement : il n'a jamais eu l'impression d'enquêter, il a eu l'impression de se battre contre les mécaniques du jeu pour avancer. Au lieu de relier des indices et d'écarter des possibilités, il s'est retrouvé à cliquer en boucle sur des éléments éparpillés à l'écran.
Un autre, venu de The Case of the Golden Idol et de Return of the Obra Dinn, détaille le point technique : on ne peut pas trier ses propres notes, donc on retourne sans cesse aux endroits où l'on a trouvé les informations. Ajoutez des temps de chargement longs pour un jeu de cette taille, et une énigme de cinq minutes devient un aller-retour de quinze.
Le troisième reproche est le plus gênant parce qu'il touche à la conception même. Un joueur raconte qu'il devait déterminer le lieu d'un accident alors qu'il se tenait dessus. Qu'il ne pouvait pas demander son nom à un survivant conscient et devait fouiller ses poches. Que quelqu'un criait le nom d'une victime, mais que le jeu refusait l'information parce qu'elle devait venir d'une autre source.

Un jeu de déduction passe un contrat implicite avec vous : si vous avez compris, vous avancez.
Quand le jeu connaît la réponse, que vous connaissez la réponse, et qu'il refuse quand même parce que vous l'avez apprise par le mauvais canal, le contrat est rompu. Vous ne cherchez plus la vérité, vous cherchez la source que le concepteur a validée.
Obra Dinn gérait ça par un verrouillage par trois : vous pouviez déduire dans n'importe quel ordre, le jeu confirmait quand trois réponses étaient justes. Golden Idol vous laissait remplir le texte avec n'importe quel mot ramassé n'importe où. Ces deux jeux ont réglé le problème de la saisie avant de travailler les énigmes, et c'est la raison pour laquelle on s'en souvient.
Fleming Manor a de meilleures mécaniques d'épisode que je ne l'attendais et une couche de saisie en dessous du standard du genre. Dans un genre qui n'est quasiment que de la saisie, c'est une mauvaise répartition des efforts.
Il serait malhonnête de s'arrêter là, parce que la moitié qui aime n'aime pas un peu.
Un joueur à quatre heures et demie dit qu'il attendait le jeu depuis la démo et qu'il n'a pas eu envie de s'arrêter. Il précise un détail utile : ses erreurs venaient surtout de lectures trop rapides ou d'informations oubliées, pas d'injustices du jeu. Un autre loue la fraîcheur des mécaniques introduites à chaque épisode. Un troisième décrit de vrais casse-têtes, parfois un peu trop subtils, et une intrigue policière qui tient la route même quand on devine où elle va.
Le portrait qui se dégage est clair. Si vous lisez lentement et que vous prenez des notes à la main, ce jeu vous attend. Si vous jouez en diagonale, l'absence de tri des notes va vous écraser, parce que le jeu ne vous aide pas à retrouver ce que vous n'avez pas retenu.
Ce n'est pas une question de niveau, c'est une question de méthode. Et un jeu qui ne tolère qu'une seule méthode se prive de la moitié de son public, ce que les 62 % mesurent assez précisément.

17,99 euros, 16,19 euros à la sortie. Ce n'est pas rien pour un jeu d'énigmes, et le genre est encombré de concurrents excellents.
Prenez-le si vous avez fini Golden Idol et The Rootrees Are Dead et que le manque se fait sentir, si l'esthétique de bande dessinée policière des années soixante vous attire, et surtout si vous êtes du genre à ouvrir un carnet à côté du clavier. Le jeu récompense exactement ce comportement.
Passez votre chemin si votre tolérance à la friction d'interface est basse. Il n'y a pas de correctif annoncé sur ce point, et c'est structurel, pas accidentel.

Ce qui m'embête, en refermant, c'est que la bonne idée est intacte. Écrire une cause de décès plutôt que désigner un meurtrier, c'est un angle que personne n'avait pris, et SUPERTHUMb a eu la lucidité d'y aller. Il reste à laisser le joueur classer ses propres notes.
Vous avez rempli un certificat totalement faux avec une confiance absolue ? C'est le meilleur moment du jeu, venez l'avouer sur le Discord d'InsertCoins.
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