Tout le monde a voulu être Guardiola. Personne n'a voulu être Mendes.
C'est pourtant là que se joue le football moderne, dans les couloirs, les coups de fil et les commissions. Football Agent est le premier jeu depuis longtemps à s'en apercevoir, et sa phrase d'accroche est parfaite : vous avez vu le vrai jeu, celui des accords derrière les accords.

Cinquante mille euros et un téléphone. C'est tout.
À partir de là, il faut bâtir la première agence du monde, et le jeu découpe ça en quatre verbes qui structurent toute la partie.
Repérer. Vingt-six mille joueurs générés dans soixante-seize championnats répartis sur vingt-cinq pays, jusqu'aux troisièmes divisions. On envoie des recruteurs à l'étranger, on se déplace soi-même pour rencontrer un jeune prodige, et on cherche la pépite que personne n'a vue.
Signer. Et c'est ici que le jeu devient intéressant, parce qu'il refuse la signature instantanée. On convainc un joueur sur plusieurs semaines : rencontrer la famille, résister aux agents concurrents, gérer les fuites dans la presse, négocier sa commission. On peut promettre un transfert vers un grand club, et il faudra vivre avec si on n'y arrive pas.
Développer. Les joueurs disputent de vrais matchs chaque semaine, retransmis en commentaire textuel. Forme, moral, blessures, contrats : tout se gère. L'objectif est de transformer un gamin noté 59 en joueur que les grands clubs s'arrachent.
Vendre. Négociations à plusieurs tours, enchères, clauses d'intéressement à la revente, dernier jour du mercato. Les clubs ont des budgets vivants qui gonflent et s'effondrent, donc il faut lire le marché.
Le décalage de point de vue change tout, et pas seulement l'habillage.
Dans un jeu d'entraîneur, un joueur est une fiche de statistiques qu'on aligne. Ici, c'est un actif humain avec une famille, une carrière, une confiance à gagner et des promesses à honorer. On ne coche pas une case pour recruter, on courtise.
Et le jeu ajoute la seule chose qui manque à presque toutes les simulations de gestion : on peut perdre définitivement. Faillite ou disgrâce, et la carrière s'arrête. Dans un genre où l'on peut généralement enchaîner les saisons ratées sans conséquence, mettre une fin possible sur la table change le poids de chaque décision.
Autour, il y a une agence à faire grandir. On recrute des recruteurs, des avocats, des analystes, des responsables de communication et des kinés, et le studio précise que chacun modifie une mécanique réelle plutôt que d'ajouter un pourcentage abstrait. On passe du bureau à domicile au siège international. Trois cents agents rivaux occupent le terrain, avec montées, descentes, coupes d'Europe et sélections nationales.
S'ajoutent des événements aléatoires à choix, une fortune personnelle à gérer, et un épuisement professionnel à surveiller. Ce dernier point est un joli détail : le métier d'agent est un métier de téléphone à toute heure, et le jeu en fait une ressource.

Deux réserves, et elles sont importantes.
C'est un jeu de texte et de menus. Il n'y a pas de match en 3D, pas de terrain à regarder, juste du commentaire écrit. Ça ne me dérange pas, c'est la tradition du genre depuis Championship Manager, mais il faut le savoir avant d'acheter : le spectacle est intégralement dans votre tête.
Et c'est un accès anticipé sur un jeu de systèmes. Vingt-six mille joueurs et soixante-seize championnats, c'est une promesse d'ampleur, pas une garantie de profondeur. La vraie question est de savoir si l'économie tient sur cinq saisons ou si l'on découvre au bout de trois ans une méthode qui casse le marché. Ce genre de jeu se juge dans la durée, et personne ne peut encore le faire.
Le jeu sort aujourd'hui, développé par ATERO GAMES.

Sept.
Ce qui monte : un angle que le genre avait laissé de côté alors qu'il est au centre du football réel, une signature qui se travaille sur des semaines au lieu d'être un clic, une agence dont chaque employé change une mécanique, et une possibilité d'échouer définitivement qui donne du poids à tout le reste.
Ce qui retient : la profondeur économique reste à prouver sur la longueur, et le format en texte écartera une partie du public.
Si vous avez déjà passé une soirée à lire une page de Transfermarkt sans raison particulière, vous savez déjà que ce jeu est pour vous.
Vous êtes plutôt entraîneur ou plutôt agent ? Le débat est ouvert sur le Discord d'InsertCoins.