L'autobattler à cartes est devenu un genre encombré, au point qu'on hésite avant d'en essayer un nouveau. Super Auto Pets a lancé la mode, Backpack Battles, Storybook Brawl, The Bazaar et une nuée d'autres ont creusé le sillon, et chaque semaine amène son lot de prototypes qui recomposent les mêmes ingrédients. Hillforts arrive dans cette mêlée, et on se pose la question rituelle : encore un autobattler à cartes de plus, ou une vraie idée derrière ? Prudence, car il ne s'agit pour l'instant que d'un prototype, mais son parti pris médiéval mérite qu'on s'y attarde.
Le contexte
Hillforts est un autobattler à cartes médiéval développé par FiveHeadGames, disponible pour l'instant sous forme de prototype jouable sur navigateur et Windows via itch.io. Le principe reprend les fondamentaux du genre en les habillant d'un imaginaire de guerre de sièges : on bâtit une armée, on recherche des technologies, on améliore ses unités et on assiège le château ennemi. C'est un jeu en pixel art, au tour par tour, aux parties courtes d'une petite demi-heure, qui pose les bases d'une formule connue tout en cherchant à s'en distinguer par son cadre. Il faut le prendre pour ce qu'il est aujourd'hui : une esquisse prometteuse plutôt qu'un jeu abouti.
Ce qu'il apporte : le siège et la recherche
Ce qui distingue Hillforts de la masse des autobattlers, c'est sa double greffe stratégique. D'un côté, l'idée du siège donne un objectif clair et une tension particulière : on ne se contente pas d'aligner des unités pour voir qui gagne, on construit une force destinée à faire tomber une place forte, ce qui oriente toute la stratégie vers un but concret. De l'autre, le système de recherche de technologies ajoute une couche de progression et de choix qui manque à beaucoup de ses concurrents. On ne se contente pas d'acheter et de placer des cartes, on développe un arbre de possibilités, on améliore ses unités, on planifie sa montée en puissance. Cette combinaison entre construction d'armée, recherche et siège pourrait offrir au genre une profondeur et une identité bienvenues.
Le cadre médiéval n'est pas qu'un habillage cosmétique, il donne une cohérence thématique à l'ensemble. Là où beaucoup d'autobattlers empilent des créatures disparates dans un imaginaire flou, Hillforts ancre ses mécaniques dans une logique de guerre de sièges qui rend chaque décision plus lisible et plus signifiante. Améliorer ses unités, chercher la bonne technologie, composer l'armée capable de percer les défenses adverses, tout cela participe d'un même fantasme de stratège médiéval, et cette cohérence est précisément ce qui pourrait faire sortir le jeu du lot. Sur le papier, l'ossature est intelligente et le potentiel est réel.
Ce qui inquiète
Il faut rester lucide, car Hillforts n'est encore qu'un prototype, avec tout ce que cela implique d'incertitude. Ce qui existe aujourd'hui n'est qu'une esquisse, et l'immense majorité du travail reste à faire : équilibrage, variété des cartes et des unités, richesse de l'arbre technologique, profondeur des stratégies possibles. Un autobattler vit ou meurt sur la générosité de son contenu et la finesse de son équilibrage, et rien de tout cela ne peut être jugé sur un prototype d'une demi-heure. Le concept est prometteur, mais la distance entre une bonne idée et un bon jeu, dans ce genre, est immense.
L'autre inquiétude tient à la concurrence féroce. Le genre est déjà occupé par des titres solidement installés, riches en contenu et rodés par des mois de mises à jour, et un petit prototype devra faire la preuve qu'il apporte assez pour justifier qu'on lui préfère les références établies. Son cadre de siège et sa recherche de technologies sont des atouts d'identité, mais il faudra qu'ils se traduisent en une profondeur réelle et une rejouabilité solide pour espérer exister. Hillforts a une idée qui le distingue ; il lui manque encore le développement qui la transformerait en vraie proposition.
On attend, avec curiosité
Difficile de trancher sur un prototype, mais l'esquisse est suffisamment maligne pour qu'on garde un oeil dessus. En greffant un objectif de siège et un arbre de recherche sur la formule éprouvée de l'autobattler à cartes, Hillforts propose une variation qui pourrait, si elle est menée à son terme, offrir une vraie profondeur stratégique et une identité médiévale bienvenue dans un genre saturé. Le potentiel est là, l'idée directrice est cohérente, et pour l'amateur du genre en quête de nouveauté, c'est une piste à surveiller.
Mais l'espoir ne fait pas un jeu, et tout reste à prouver. Ce n'est aujourd'hui qu'une promesse jouable, un prototype qui pose des bases intéressantes sans encore démontrer la richesse et l'équilibrage qui feraient de lui un concurrent crédible. On attend de voir si FiveHeadGames saura développer cette esquisse en un vrai jeu, avec la générosité de contenu que le genre exige. En l'état, Hillforts est une bonne idée à suivre, ni plus, ni moins, et c'est déjà une raison suffisante de ne pas le perdre de vue.
Aperçu réalisé sur le prototype itch.io.