
Akatori : je suis tombe amoureux d'un decor avant meme de comprendre le jeu
Un metroidvania 2.5D ou des sprites pixel evoluent dans des decors peints a la main. La direction artistique m'a cueilli, le baton m'a garde.

Enquete pixel-noir dans une cite d'apres-guerre coupee en deux, avec un carnet, des neons chinois sous la pluie et le pouvoir de remonter le temps.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
8/10
Verdict
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"Où est-ce que je commence à chercher, bon sang ?" Cette réplique, lâchée par mon perso planté sous une pluie de néons chinois devant une affiche déchirée et tachée de rouge, c'est un peu le résumé de mes premières heures sur Kill the Shadow. Perdu, trempé, un carnet à la main, à recoller les morceaux d'une histoire vieille de dix ans. Et j'ai adoré ça.

Le pitch a de quoi accrocher : vous êtes un détective doté du pouvoir de rembobiner le temps, lâché dans une ville d'après-guerre coupée en deux, mi-polar mi-anticipation. C'est développé par Shadowlight, un petit studio dont la presse a raconté qu'il avait failli ne pas survivre, et ça se sent dans le jeu : il y a là une intensité, une envie d'exister, qu'on ne trouve pas dans les productions calibrées.
Visuellement, c'est un beau parti pris : des personnages en pixel art posés sur des décors 3D très travaillés, ruelles luisantes, enseignes lumineuses, ambiance néo-noir crasseuse. Le contraste entre les sprites et les environnements ne choque jamais, il donne au contraire une identité forte, un entre-deux d'époques qui colle parfaitement au propos. On se croirait dans un vieux polar illustré passé au filtre cyberpunk.
Tout, ici, tourne autour de l'enquête, et j'insiste sur le mot. On lit, on interroge, on note dans son carnet, on recoupe. Le pouvoir de rembobinage vient s'intégrer là-dedans plutôt que dans du combat pur : revenir en arrière pour saisir un détail manqué, revoir une scène sous un autre angle, reconstruire une chronologie. Quand une piste se débloque parce que vous avez enfin relié deux indices que le jeu ne vous avait pas soulignés, la satisfaction est réelle.
Soyons clairs sur ce que Kill the Shadow n'est pas : un jeu d'action. Le rythme est lent, bavard, contemplatif. On passe beaucoup de temps à lire, à écouter, à fouiller. Si les pavés de dialogues vous rebutent ou si vous cherchez de l'adrénaline, vous allez vous ennuyer, c'est mécanique. Le récit prend son temps, parfois trop, et certaines transitions manquent un peu de nervosité.
Mais si vous aimez les histoires qui se méritent, les ambiances qui suintent et les enquêtes où c'est vraiment vous qui reliez les points, ce petit jeu a quelque chose. Il ne menace aucun ténor du genre, il n'en a pas les moyens, mais il porte sa vision jusqu'au bout avec un cachet que beaucoup de plus gros n'ont pas. Pour le prix d'un billet et une poignée de soirées pluvieuses, c'est une belle rencontre. Je veux savoir ce qui est arrivé à cette ville. C'est déjà gagné.
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