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Le Persona Engine et la réception minutée changent vraiment quelque chose. Mais à 70 euros, l'accueil des joueurs reste tiède.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
6/10
Verdict
Mitigé
J'ai joué cinq ans au football américain, au plus haut niveau junior français, ce qui correspond grosso modo aux années lycée et au début de la fac. C'était formidable. Tellement formidable que ce sport a bien failli me rendre idiot, à cause d'une commotion cérébrale. J'étais déjà moyennement brillant avant, donc le drame est relatif, mais c'est ce qui m'a fait arrêter le jour où je me suis renseigné sur la façon dont finissent les joueurs de haut niveau.
Ce n'est pas une blague d'accroche. C'est un avertissement au premier degré, et il ouvre cet article parce qu'il compte plus que le reste.

L'étude qui a tout changé date de juillet 2017, publiée dans le Journal of the American Medical Association par l'équipe d'Ann McKee à Boston University. Sur 202 cerveaux de joueurs de football américain décédés, dont 111 anciens professionnels de la NFL, une encéphalopathie traumatique chronique a été diagnostiquée chez 110 de ces 111 joueurs.
Il faut immédiatement donner la limite de ce chiffre, parce qu'elle est capitale et que les auteurs eux-mêmes insistent dessus. Ces cerveaux ont été donnés à la recherche, souvent par des familles qui soupçonnaient déjà quelque chose au vu des symptômes du défunt. Ann McKee parle elle-même d'un biais de sélection considérable. Ces 99 % ne sont donc pas un taux de prévalence, et personne ne peut affirmer que 99 % des joueurs de NFL développeront cette maladie. Ce serait malhonnête de le laisser croire.
Ce que l'étude établit en revanche, et que des travaux ultérieurs de la même équipe ont prolongé sur des échantillons plus larges, c'est un lien sérieux entre impacts répétés à la tête et dégénérescence neurologique. Le point le plus important pour un joueur amateur n'est d'ailleurs pas la commotion spectaculaire, celle qui vous met au sol, mais l'accumulation des chocs plus petits, ceux qu'on ne compte pas et dont on se relève en riant.
Sur votre conseil de faire confiance au médecin du sport plutôt qu'à celui du club, il est juste et il repose sur quelque chose de documenté : un praticien salarié par une structure qui a besoin de vous sur le terrain samedi n'est pas dans la même position qu'un médecin indépendant. Ce n'est pas un procès en malhonnêteté, c'est un simple constat de conflit d'intérêts, et c'est précisément pour cette raison que les ligues professionnelles ont fini par imposer des observateurs neurologiques indépendants au bord des terrains.
Si vous jouez, ou si votre enfant joue, la règle tient en une phrase : un coup sur la tête ne se négocie pas, et le seul avis qui compte est celui de quelqu'un que le résultat du match n'intéresse pas.
Passons au jeu, et la réponse est plus favorable que d'habitude. Il y a bien du neuf cette année.
Le changement le plus lourd est le Persona Engine, dans le mode Franchise. EA le présente comme la plus grosse transformation jamais réalisée sur le comportement des joueurs, les négociations, la gestion hebdomadaire, l'actualité et l'agence libre. Concrètement, les joueurs reçoivent des personnalités propres qui influent sur leurs réactions et leurs négociations, et les contrats gagnent en détail. Pour un mode Franchise qui ronronnait depuis des années, c'est la première vraie secousse depuis longtemps.
Sur le terrain, deux nouveautés changent les sensations. D'abord la réception minutée : après une passe, une jauge apparaît, on maintient le bouton et on relâche au bon moment pour choisir le type de réception, un relâchement parfait améliorant le résultat. Ensuite, et c'est le meilleur ajout, les duels entre receveurs et défenseurs ont été refaits, avec un vrai travail de mains, des bousculades et des appuis qui déterminent la séparation et la couverture. C'est exactement là que se joue le football américain, et le jeu le modélisait mal.
S'ajoutent une défense revue avec des linebackers plus intelligents et davantage d'options avant l'engagement, des sneaks de quarterback enfin fiables, le retour corrigé du compteur de coup de pied classique, un blocage amélioré sur les jeux courts, et l'arrivée de la fameuse Tush Push. Caleb Williams est en couverture.

Bonne nouvelle pour ceux qui hésitaient : le jeu tourne à 60 images par seconde sur Switch 2 en mode salon, et entre 40 et 50 en portable. Le jeu sur le terrain vise le 60, les scènes cinématiques restent à 30. C'est nettement mieux que Madden 26 sur la même machine, et l'image est moins granuleuse.
Deux réserves persistent côté Nintendo, remontées par les joueurs : il n'y a pas de jeu multiplateforme au lancement, les récapitulatifs hebdomadaires manquent toujours et le spectacle de mi-temps est très court. À noter aussi, le football universitaire n'est toujours pas porté sur la machine, ce qui agace d'autant plus qu'une option d'importation d'entraîneur y fait référence.
Les nouveautés sont réelles, et pour une fois on ne peut pas dire que ce soit un simple changement de numéro et de maillots. Mais deux choses tempèrent sérieusement.
D'abord l'accueil. Les avis Steam sont Mitigés, à 46 % de retours positifs sur une centaine d'évaluations. Pour un jeu vendu 69,99 euros, c'est un signal qu'on ne peut pas balayer, même en tenant compte du fait que les jeux EA récoltent traditionnellement des avis sévères sur cette plateforme.
Ensuite le calcul. Le conseil qui revient le plus chez les joueurs de longue date est toujours le même : si vous jouez seul en Franchise, un épisode plus ancien fait très bien l'affaire et coûtera moins de vingt euros en fin de saison. La nouvelle version se justifie surtout pour le jeu en ligne, dont les serveurs finissent par migrer.
Le Persona Engine est la meilleure raison depuis longtemps de faire une exception. Reste que soixante-dix euros, c'est cher payé pour une secousse dans un seul mode.

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