Il y a des jeux qu'on a envie d'aimer sans réserve, et qui vous en empêchent eux-mêmes. Mahou Arms est de ceux-là. Character-action anime soigné, nerveux, à la direction artistique léchée, il coche beaucoup de cases de la bonne surprise. Et puis, à intervalles réguliers, la caméra plonge là où on ne lui a rien demandé, les tenues rétrécissent sans raison, et l'on se surprend à soupirer : par pitié, ils auraient pu, ils auraient dû nous épargner les petites culottes. Voilà tout le paradoxe de ce jeu, aussi joli que gêné aux entournures par un fan-service dont il n'avait absolument pas besoin.

Le contexte
Mahou Arms est un hack-and-slash character-action d'inspiration anime développé par Dischan Media et édité par Sekai Project, sorti en version finale après six longues années d'accès anticipé. Il raconte l'histoire d'un groupe paramilitaire de magical girls qui riposte face à une invasion alien. La proposition mêle l'action nerveuse et le style anime décomplexé, avec six missions principales, une collection de quêtes annexes et des éléments de simulation de relations. Le jeu a été plutôt bien accueilli, avec 80 % d'avis positifs sur plus de cinq cents retours. La version Steam a vu son contenu pour adultes retiré, un patch optionnel restant disponible ailleurs, mais le fan-service, lui, reste bien présent dans le jeu de base.
Le gameplay : Musou et Devil May Cry en robe de magical girl
Sur le terrain, Mahou Arms tape juste, et c'est là qu'il séduit. Le combat se joue comme un croisement entre le Musou, avec ses hordes d'ennemis qui vous encerclent façon Dynasty Warriors, et les arbres de combos de Devil May Cry. On enchaîne coups légers et lourds, on lance les ennemis en l'air pour des raves aériennes prolongées par des chutes en météore, et l'action a ce petit côté grisant du character-action bien nerveux. La direction artistique soignée et la fluidité des mouvements servent parfaitement cette énergie, et pour peu qu'on aime le genre, il y a un vrai plaisir à disséquer les hordes avec style. C'est joli, c'est pêchu, et c'est visiblement bien pensé dans ses intentions.
Le contenu, sans être pléthorique, remplit son office : six missions principales et des quêtes annexes offrent une aventure de bonne facture pour un jeu indépendant. On sent le soin apporté à la panoplie de mouvements, à la mise en scène et à l'univers, fruit de six ans de développement. C'est un character-action modeste mais sincère, qui n'a pas à rougir de son gameplay face à des productions plus ambitieuses, et qui trouve dans son mélange des genres une identité plaisante. Sur ses meilleurs moments, quand la caméra reste à sa place et que l'action se déchaîne, Mahou Arms tient une vraie promesse de plaisir immédiat.

Ce qui coince
Et pourtant, impossible de passer sous silence ce qui gâche la fête, parce que c'est le premier réflexe qu'inspire le jeu. Le fan-service est omniprésent, insistant, gratuit, et il dessert Mahou Arms bien plus qu'il ne le sert. Angles de caméra suggestifs, tenues réduites au strict minimum, gros plans dont personne n'avait besoin : cette surenchère de petites culottes vient constamment saper l'élégance d'un jeu qui, sans elle, pourrait se recommander sans arrière-pensée. C'est d'autant plus frustrant que la direction artistique est belle et que l'action se suffit à elle-même. Le jeu se tire une balle dans le pied en s'aliénant tout un pan de joueurs qui l'auraient adoré sans ce vernis racoleur permanent. Ils auraient pu s'en passer, et le jeu n'en serait que meilleur.
L'autre réserve, plus classique, tient à la profondeur du combat. Aussi nerveux soit-il, le système montre ses limites : les combos restent finalement assez limités, l'absence de véritable tutoriel laisse le joueur découvrir seul un répertoire pas toujours lisible, et certains ennemis peuvent vous enchaîner dans des stunlocks frustrants. Le character-action est un genre exigeant, où la richesse et la lisibilité des enchaînements font tout, et Mahou Arms reste ici en deçà des références du genre. C'est un jeu indépendant qui assume ses moyens, et son action fait le travail sur la durée d'une aventure courte, mais qui n'atteint pas la profondeur ni le raffinement mécanique des maîtres dont il s'inspire.

Ce qu'on retient
Mahou Arms est un jeu attachant et sincèrement joli, qui aurait pu être une vraie petite pépite du character-action indépendant. Son mélange de Musou et de Devil May Cry, sa direction artistique soignée et son action nerveuse forment une base plaisante, fruit de six ans de travail passionné, et sur ses meilleurs moments, il procure ce plaisir immédiat qu'on attend du genre. Il y a là un vrai savoir-faire et un vrai amour de l'univers anime, et c'est précisément ce qui rend son principal défaut si rageant.
Car le fan-service omniprésent lui fait un tort considérable, en sabotant l'élégance de sa direction artistique et en excluant tout un public qui l'aurait recommandé sans réserve. Ils auraient pu, et sans doute dû, nous épargner cette surenchère de petites culottes : le jeu n'en serait que plus fort et plus large dans son adresse. Ajoutez une profondeur de combat en deçà des références, sans tutoriel et avec ses stunlocks, et l'on tient un titre sympathique mais bridé par ses propres choix. À réserver aux amateurs du genre qui sauront regarder au-delà de son racolage pour apprécier ce qu'il fait bien, en regrettant tout du long ce qu'il aurait pu être en se faisant un peu plus confiance.
Verdict
Un character-action anime joli et nerveux, mêlant Musou et Devil May Cry, mais saboté par un fan-service gratuit et une profondeur de combat limitée : sympathique, mais bridé par ses propres choix.
Points forts :
- Une direction artistique soignée et une action nerveuse
- Un mélange plaisant de hordes à la Musou et de combos à la Devil May Cry
- Un vrai soin d'univers, fruit de six ans de développement
- Un plaisir immédiat quand l'action se déchaîne
Points faibles :
- Un fan-service omniprésent et gratuit qui sabote l'élégance du jeu
- Une profondeur de combat limitée, sans tutoriel et avec des stunlocks
- Un racolage qui exclut inutilement tout un pan de joueurs
Testé sur PC.