Certains jeux vous prennent par la main. Quasimorph vous prend par le col, vous jette dans un couloir spatial infesté d'horreurs, et regarde froidement votre mercenaire se faire déchiqueter avant de hausser les épaules : imprimez-en un autre. Ce roguelike tactique cyberpunk est d'une brutalité et d'une exigence rares, et c'est précisément ce qui le rend fascinant pour qui accepte d'en payer le prix.

Le contexte
Quasimorph est développé par Magnum Scriptum et édité par HypeTrain Digital, disponible sur PC via Steam et vérifié jouable sur Steam Deck. C'est un roguelike tactique au tour par tour qui mêle cyberpunk, horreur corporelle cosmique et sociétés militaires privées cherchant à tirer profit de l'Apocalypse. Vous incarnez le chef d'un groupe de mercenaires, envoyant vos hommes remplir des contrats corporatistes dans les profondeurs de l'espace. L'accueil est Très positif, avec 85 pour cent d'avis favorables, une reconnaissance méritée pour un titre aussi âpre qu'ambitieux.
Le coeur du jeu, c'est une boucle d'extraction impitoyable greffée sur un combat tactique au tour par tour d'une profondeur remarquable. Vous acceptez un contrat, vous vous infiltrez dans une mission, vous pillez tout ce que vous pouvez, et vous devez ressortir vivant avec votre butin. La règle est cruelle mais limpide : tout ce que vous extrayez, vous le gardez pour renforcer votre société militaire ; mais si vous mourez, vous perdez tout ce que vous aviez emporté. La seule consolation, glaçante, c'est que vous pouvez toujours imprimer un nouveau mercenaire et retenter le contrat. Cette mécanique de clones jetables donne au jeu son identité et sa tension permanente.
Ce qui distingue Quasimorph, c'est la richesse de son système de combat et l'atmosphère unique qu'il déploie. Chaque affrontement au tour par tour est un problème tactique tendu où le positionnement, la gestion des ressources et le choix des armes décident de la vie ou de la mort. La couche cyberpunk d'horreur cosmique, avec ses corps qui se transforment et sa violence graphique assumée, installe une ambiance oppressante et fascinante, à mille lieues des roguelikes plus sages. On sent un jeu qui n'a pas peur de déranger, qui pousse loin son propos et sa cruauté, et qui récompense généreusement ceux qui acceptent d'entrer dans sa logique.

Mais il faut être lucide sur ce que le jeu exige. Quasimorph est brutalement difficile et punitif, et sa courbe d'apprentissage est raide. La perte de son équipement durement gagné fait partie du contrat, et cette cruauté, qui fait le sel pour certains, découragera les autres. Le jeu ne fait aucun effort pour vous ménager, et son interface comme ses systèmes demandent un investissement réel avant de révéler leur profondeur. Ce n'est pas un jeu pour tout le monde, et il ne cherche pas à l'être.
C'est aussi un titre qui assume son statut de niche exigeante. Sa direction artistique cyberpunk crasseuse et sa violence graphique ne plairont pas à tous, et son rythme méthodique tranche avec l'action nerveuse à laquelle beaucoup de roguelikes nous ont habitués. Mais pour l'amateur de tactique au tour par tour en quête d'un défi sans concession et d'une ambiance singulière, Quasimorph offre une profondeur et une identité qui manquent cruellement à bien des concurrents plus lisses.
Techniquement, Quasimorph mise sur une direction artistique crasseuse et oppressante parfaitement raccord avec son univers d'horreur cyberpunk. La lisibilité tactique, cruciale dans un jeu au tour par tour où chaque décision compte, est au rendez-vous, et l'atmosphère visuelle contribue puissamment à l'immersion dans ce futur désespéré. La vérification Steam Deck garantit une bonne accessibilité pour jouer en mobilité, un vrai atout pour un jeu qu'on aime relancer par sessions.
Les réserves techniques rejoignent les réserves de gameplay : l'interface et les nombreux systèmes du jeu demandent de la patience et un temps d'apprentissage conséquent, et le jeu ne fait pas grand-chose pour lisser cette entrée en matière abrupte. Mais une fois le cap franchi, la profondeur récompense l'effort, et l'ensemble tourne proprement au service de son ambition. Quasimorph a clairement priorisé la richesse systémique et l'atmosphère à l'accessibilité, et c'est un choix cohérent avec son identité.

Quasimorph est un roguelike tactique d'une richesse et d'une personnalité remarquables, porté par une boucle d'extraction impitoyable, un combat au tour par tour profond et une atmosphère cyberpunk d'horreur cosmique unique en son genre. Sa mécanique de clones jetables, sa cruauté assumée et sa profondeur systémique en font une expérience fascinante et addictive pour qui accepte d'en payer le prix. Les 85 pour cent d'avis positifs saluent à juste titre un titre qui n'a peur de rien.
Ses limites sont indissociables de son identité : une difficulté brutale, une courbe d'apprentissage raide et une violence graphique qui restreignent son public aux amateurs de défis sans concession. Ce n'est pas un jeu pour tout le monde, mais dans son registre, celui du roguelike tactique exigeant et singulier, Quasimorph est une réussite qui mérite le détour. À réserver à ceux qui aiment quand un jeu ne leur pardonne rien et les récompense de leur ténacité.
Un roguelike tactique cyberpunk d'une cruauté fascinante, réservé à ceux qui aiment mourir beaucoup pour gagner gros.
Note : 8/10
Test réalisé sur la version PC.