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ReStory : j'ai été ce type à qui on apporte tout ce qui est cassé, et ce jeu vient de m'envoyer vingt ans en arrière
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Note8/10

ReStory : j'ai été ce type à qui on apporte tout ce qui est cassé, et ce jeu vient de m'envoyer vingt ans en arrière

Tenir une boutique de réparation dans le Tokyo des années 2000. Un jeu qui parle à tous ceux qu'on a un jour pris pour des sorciers de l'électronique.

A

Alexandrosse

·6 août 2026·6 min de lecture

Note InsertCoins.press

8/10

Verdict

Recommandé

Il faut que je vous raconte un truc avant de parler du jeu, parce que sinon vous ne comprendrez pas pourquoi ReStory m'a cueilli comme ça.

Il y a quelques années, j'étais IT manager dans une boîte. Sur le papier : les serveurs, le parc informatique, les tickets. Dans les faits, on débarquait dans mon bureau avec une console qui ne s'allumait plus, une paire de lunettes tordue, une chaîne hi-fi qui crachotait. Rien de tout ça n'était mon job. Absolument rien. Mais je le faisais quand même, parce que c'était marrant, et parce qu'il y a un plaisir bête à rendre un objet à quelqu'un en état de marche.

Le meilleur moment, c'était leur tête. Les gens me regardaient comme un magicien, un genre de bi-classé sorcier ingénieur. Je précise que je ne suis ni l'un ni l'autre. Un tournevis, un peu de patience et l'absence de peur d'ouvrir un boîtier suffisent à passer pour un mage dans à peu près n'importe quel open space.

Voilà. ReStory, c'est exactement ce métier que je n'ai jamais eu.

ReStory, la boutique de reparation electronique dans le Tokyo des annees 2000

Une boutique, du Tokyo des années 2000, et beaucoup de vis

Le jeu est développé par Mandragora, à qui l'on doit déjà I Am Future, et édité par tinyBuild. On y tient une petite boutique de réparation électronique dans le Tokyo du milieu des années 2000, et le pitch tient dans ce décalage : une activité tranquille, dans une ville qui ne l'est pas.

La réparation n'est pas un menu déroulant. On démonte le boîtier, on nettoie, on remplace les pièces mortes, on remonte, le tout avec un jeu d'outils. Passent entre vos mains des consoles de salon, des portables, des téléphones, des appareils photo, des baladeurs, de l'électroménager, tout ce que les années Y2K ont produit de plastique translucide. Détail qui fait plaisir : les consoles Atari du jeu sont sous licence officielle, ce ne sont pas des ersatz aux noms tordus.

Et pour les pièces détachées, on va surfer sur un navigateur web d'époque, reconstitué. Là, franchement, ils sont allés chercher le bon souvenir.

La bonne idée : les gens derrière les appareils

Ce que je n'attendais pas, c'est la couche narrative. Chaque client arrive avec son histoire, et vos décisions font bifurquer le scénario vers plusieurs fins. Deux exemples donnés par le studio : signaler ou non ce que vous trouvez dans le téléphone d'un ancien gangster, aider un étudiant à se déclarer à celle qu'il aime.

C'est malin, parce que ça touche à quelque chose de vrai. Quand on répare l'appareil de quelqu'un, on tombe sur sa vie. Ses photos, ses messages, ses trucs. J'ai connu ce moment de gêne où l'écran se rallume sur des choses qui ne me regardent pas, et où il faut décider très vite de ce qu'on n'a pas vu. Faire de ça un moteur narratif, c'est plus fin que ça n'en a l'air.

C'est aussi ce qui explique l'accueil : la démo tourne à 96 % d'avis positifs sur près de 1 200 retours, avec un consensus assez net sur l'équilibre trouvé entre la manipulation tactile, la nostalgie Y2K et les histoires de clients, sans que le jeu n'alourdisse jamais la mécanique pour faire savant.

ReStory, le demontage et la restauration des appareils Y2K

Le jeu chill qui voulait des dilemmes

Les réserves sont celles du genre, et elles sont réelles. Le simulateur de réparation est un terrain déjà bien piétiné, et la boucle démonter-nettoyer-remplacer-remonter finit par devenir un rituel : passé l'émerveillement des premiers appareils, c'est la variété du catalogue qui doit prendre le relais, et elle n'est pas infinie.

L'autre point tient au récit. Un scénario à embranchements ne vaut que si les choix pèsent vraiment, et un jeu qui se revendique chill a naturellement tendance à arrondir les angles de ses dilemmes. C'est le grand écart de ReStory : il veut être un jeu détente et un jeu de décisions morales, et le second aurait mérité d'être un peu plus vache.

Ça reste une très jolie réussite, et pour un profil comme le mien, presque un piège. Si vous avez déjà réparé la console de quelqu'un un vendredi soir en passant pour un sorcier, vous savez déjà que vous allez y passer vos soirées.

ReStory, les clients et leurs histoires dans la boutique

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