Le deckbuilding est un genre encombré, où l'on croit avoir tout vu depuis Slay the Spire. Alors quand un jeu débarque en promettant de jeter le manuel, on tend l'oreille avec méfiance. Shards of Order tient pourtant sa promesse : ni tours, ni points de mana, mais un système de combat fondé sur le temps qui bouleverse la formule. Et par-dessus cette audace mécanique, une beauté sombre à couper le souffle, une dark fantasy crépusculaire qui happe dès la première image. On vient pour les yeux, on reste pour l'intelligence d'un combat qu'on n'avait jamais joué ainsi.

Le contexte
Shards of Order est un RPG de cartes en dark fantasy développé par Fardust et édité par Awaken Realms, disponible sur PC depuis le 28 juillet 2026. Le jeu se distingue d'emblée en se revendiquant comme un vrai RPG complet, sans aucune composante roguelike ou roguelite, ce qui est rare dans le genre. On y contrôle un groupe de trois héros, chacun doté de son propre arbre de compétences, de son style de jeu et de son arc personnel, mais partageant un unique deck commun. L'aventure prend place dans un monde à l'agonie, où l'on cherche à recouvrer les Lois perdues qui le gouvernaient jadis. La démo avait déjà emballé son monde, avec 96 % d'avis positifs, et l'on tenait à vérifier si la magie opérait sur la durée.
Ce qui distingue radicalement Shards of Order, c'est son système de combat sans tours ni mana, une rupture assumée avec les codes du deckbuilding. Le coeur de tout, c'est un compteur de temps : chaque ennemi affiche exactement le moment où il agira, et chaque carte que vous jouez rapproche ou éloigne ces moments. On ne subit plus une alternance rigide de tours, on manipule activement le tempo du combat, en retardant l'attaque menaçante d'un ennemi ou en précipitant la sienne. Cette mécanique transforme chaque affrontement en un puzzle temporel où le timing prime sur l'accumulation brute, et elle donne au jeu une profondeur tactique immédiatement grisante, distincte de tout ce qu'on connaît dans le genre.
La dimension RPG enrichit encore cette base. Contrôler un groupe de trois héros aux arbres de compétences et aux styles distincts, tout en partageant un seul deck, impose une réflexion sur la synergie et la complémentarité : chaque carte sert potentiellement les trois personnages, et il faut composer son deck en pensant à l'ensemble de l'équipe. Les arcs personnels de chaque héros et l'absence totale de roguelite, au profit d'une vraie progression narrative dans un monde à l'agonie, ancrent le jeu du côté de l'aventure au long cours plutôt que de la run répétée. Le tout baigne dans une direction artistique dark fantasy superbe, faite de crépuscule, de gravité et d'une esthétique soignée qui donne au monde mourant une âme véritable. C'est beau, c'est dense, et c'est cohérent.

Il faut rester lucide sur ce qu'implique une telle audace mécanique. Le système sans tours ni mana, aussi brillant soit-il, demande un vrai temps d'adaptation, et il bousculera les habitudes des vétérans du deckbuilding rodés à la formule classique. Penser en termes de compteur de temps plutôt qu'en tours et en énergie réclame de désapprendre certains réflexes, et cette courbe d'apprentissage, si elle récompense l'investissement, pourra dérouter au départ. C'est le prix de l'originalité, assumé, mais il faut accepter de réapprendre à jouer aux cartes pour en savourer toute la richesse.
L'autre réserve tient au parti pris du RPG sans roguelite. En choisissant une vraie progression narrative plutôt que la rejouabilité infinie de la run, Shards of Order s'expose aux exigences du RPG : tout dépendra de la qualité de son écriture, de la profondeur de ses arcs personnels et de la richesse de son aventure pour tenir sur la durée. Là où un roguelite se renouvelle par le hasard, un RPG doit convaincre par son histoire et sa progression, un terrain plus risqué et moins pardonnant. La démo à 96 % laisse augurer du meilleur, mais la version complète devra confirmer que le monde à l'agonie et la quête des Lois perdues soutiennent l'intérêt jusqu'au bout. C'est un pari narratif autant que mécanique.

Shards of Order est une belle surprise qui ose là où le deckbuilding ronronne. Son système de combat sans tours ni mana, fondé sur un compteur de temps où chaque carte manipule le tempo de l'affrontement, est une trouvaille brillante qui renouvelle réellement le genre, et sa dimension RPG, avec ses trois héros aux arcs personnels partageant un deck, ajoute une profondeur de synergie et une ambition narrative rares. Le tout servi par une direction artistique dark fantasy d'une beauté sombre à couper le souffle, qui donne à son monde mourant une âme véritable. Pour l'amateur de cartes en quête de fraîcheur, ou simplement pour qui aime la belle dark fantasy, c'est une pépite.
Il faut simplement accepter son audace et ses partis pris. Son combat sans tours ni mana, aussi malin soit-il, demande de désapprendre ses réflexes et bousculera les habitudes, une courbe d'apprentissage qui récompense l'investissement mais peut dérouter. Et son choix d'un vrai RPG sans roguelite mise tout sur la qualité de son écriture et de sa progression, un pari narratif dont la réussite se jouera sur la durée. Mais sur l'essentiel, l'originalité de sa mécanique et la beauté de son univers, Shards of Order tient une proposition singulière et superbe, saluée à juste titre en démo. Un deckbuilding qui a le courage de repenser ses règles, et la beauté pour le sublimer.
Un RPG de cartes dark fantasy d'une beauté sombre, au combat sans tours ni mana fondé sur un compteur de temps qui renouvelle le genre : audacieux, profond et superbe, malgré une courbe d'apprentissage.
Points forts :
- Un combat sans tours ni mana, fondé sur un compteur de temps, brillant
- Une direction artistique dark fantasy d'une beauté sombre
- Un vrai RPG avec trois héros aux arcs personnels partageant un deck
- Une ambition narrative rare, sans roguelite, saluée à 96 % en démo
Points faibles :
- Une mécanique originale qui demande de désapprendre ses réflexes
- Un pari narratif dont la réussite dépendra de l'écriture sur la durée
- Une courbe d'apprentissage qui pourra dérouter les vétérans du genre
Testé sur PC.