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Nouveaux dessins de huke, Akihabara reconstruite, scénario inédit. Un remake soigné qui bute sur une question simple : à quoi bon, quand l'original coûte cinq euros ?
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
7/10
Verdict
Recommandé
Il y a une catégorie d'oeuvres qu'on a l'impression de posséder un peu, parce qu'on les a découvertes seul et que personne autour de soi n'en parle. Steins;Gate en fait partie pour beaucoup de gens : l'anime a marqué son époque, mais le visual novel et le manga sont restés confidentiels chez nous, et en recommander un a toujours ce petit air de confidence.
Enfin, tant que la SERN ne l'apprend pas.

Sortie aujourd'hui, 19 août 2026, développée par MAGES et éditée par Spike Chunsoft, cette version reprend l'histoire d'Okabe Rintaro et de son micro-ondes capable d'envoyer des messages dans le passé.
Le travail de refonte est réel, et il faut le créditer avant de discuter du reste.
huke revient à la conception des personnages. L'illustrateur d'origine redessine le casting, avec des tenues et des accessoires remis au goût du jour. C'est le genre de détail qui compte pour une oeuvre dont l'identité visuelle est indissociable de son auteur.
Akihabara est reconstruite avec un soin documentaire, à partir de références authentiques de l'époque. Pour une histoire qui se déroule dans un quartier précis à un moment précis, ce n'est pas de la décoration : c'est une partie du propos.
S'ajoutent une interface entièrement revue, des vidéos réanimées, une musique remastérisée, un doublage refait et une localisation améliorée. Et surtout un scénario inédit qui étend l'univers, ce qui est l'argument le plus solide du pack.
Il faut aussi mentionner l'onglet Observer, qui aide à s'y retrouver dans les lignes du monde. Quiconque a essayé d'atteindre la vraie fin de l'original sans guide sait à quel point c'était opaque : c'est une vraie amélioration de confort.
RE:BOOT est affiché à 53,99 euros.
L'original, lui, est toujours vendu sur Steam. À 5,39 euros. Et il n'est pas devenu mauvais avec le temps : il affiche 24 220 avis positifs sur 24 963, soit une réception Extrêmement positive, l'un des meilleurs scores du catalogue.
Dix fois le prix. C'est le point autour duquel tourne toute la discussion, et aucun argument sur la qualité du remake ne le fait disparaître.
Le débat qui agite les joueurs depuis l'annonce est d'ailleurs plus intéressant que le jeu lui-même, parce qu'il pose une vraie question de critique : juge-t-on un remake pour lui-même, en se mettant à la place de celui qui découvre, ou le juge-t-on par rapport à l'original qu'il prétend remplacer ?
Les deux positions se défendent. Certains sites l'ont noté au maximum en le prenant comme une première rencontre. Noisy Pixel lui a mis 6 sur 10 en le prenant comme un remake. Les deux ont raison dans leur propre cadre.
Ma position est la suivante : un remake n'existe que par rapport à ce qu'il refait. C'est sa définition. Le noter sans tenir compte de l'original, c'est noter un objet dont on a retiré la moitié de la nature.

Plusieurs critiques circulent et méritent d'être distinguées.
Le reproche central porte sur le script utilisé. RE:BOOT s'appuie sur celui de STEINS;GATE ELITE, la précédente refonte, et non sur le texte original. Or ELITE était explicitement pensé pour un public venu de l'anime, avec un rythme resserré. Les joueurs de longue date y voient une version amputée, et ils estiment qu'un remake présenté comme définitif aurait dû repartir du texte complet.
Notons au passage l'ironie de la situation : ELITE était déjà un remake. Celui-ci est donc le remake d'un remake.
D'autres reproches relèvent de la finition, comme une typographie anglaise comprimée en hauteur ou du texte japonais laissé dans certaines illustrations. Ce sont des remontées de joueurs sur les premières heures, à confirmer sur la durée, mais elles reviennent assez pour être signalées.
Le contexte économique aide à comprendre. MAGES traverse une passe difficile, et Anonymous;Code, l'entrée précédente de la série, n'a pas trouvé son public après un développement long. Ressortir la valeur sûre du catalogue est une décision d'éditeur avant d'être une décision d'auteur.
C'est là que l'article devient utile, parce que la réponse dépend entièrement de votre situation.
Si vous n'avez jamais touché à Steins;Gate, cette version est la plus belle et la plus confortable. Le récit reste l'un des meilleurs du médium, la reconstruction d'Akihabara est superbe, et l'onglet Observer vous évitera de chercher la vraie fin à l'aveugle. Vous passerez un moment remarquable.
Si vous connaissez déjà l'oeuvre, la question est de savoir ce que vous payez. Un scénario inédit, de nouveaux dessins et une refonte technique, contre cinquante-quatre euros et un script raccourci. Ça se défend si l'oeuvre compte pour vous, ça ne s'impose pas.
Si vous hésitiez à découvrir la série, sachez que l'original à cinq euros reste une porte d'entrée parfaitement valable, plus longue et moins jolie.
Un point pratique qui tranchera pour une partie du public francophone : le jeu n'est pas traduit en français. Il propose l'anglais, le japonais et le chinois dans ses deux écritures. Pour un visual novel, c'est-à-dire un jeu qui n'est que du texte, c'est une barrière décisive.

Elle récompense un travail de refonte sérieux, le retour de huke, une Akihabara reconstruite avec un soin rare, un scénario inédit qui apporte quelque chose, et une aide à la navigation dans les lignes du monde qui manquait cruellement.
Elle sanctionne un prix dix fois supérieur à celui d'un original toujours disponible et toujours excellent, le choix du script raccourci d'ELITE plutôt que du texte complet pour une version présentée comme la référence, et l'absence de version française sur une oeuvre entièrement textuelle.
Le récit vaut toujours ce qu'il a toujours valu. C'est l'emballage qu'on discute, et son étiquette.
Alors une question, et elle dépasse ce jeu : un remake doit-il se juger seul, ou face à ce qu'il remplace ?
On en débat sur le Discord d'InsertCoins, et le sujet y met tout le monde d'accord sur rien.
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