
Beso's Shawarma a le meilleur nom de l'année, et un cauchemar à Tbilissi pour aller avec
On a cliqué pour le nom. On est resté pour l'angoisse. Beso's Shawarma est un cauchemar PSX de 25 minutes dans les rues vides de Tbilissi, et il marque.

On a rangé un magasin de cartes, un kebab, un supermarché. Voilà maintenant un jeu qui ne fait QUE ranger. 4668 produits, zéro idée neuve, et on l'a senti passer.
Alexandrosse
Note InsertCoins.press
4/10
Verdict
Décevant
On commence à bien connaître cette esthétique. Le même rayonnage propret, les mêmes produits 3D un peu lisses, la même promesse de quiétude consumériste. On l'a vue pour tenir une boutique de cartes à collectionner, pour faire tourner un kebab, pour gérer un supermarché. Supermarket Chaos arrive dans cette lignée avec une idée radicale : et si on enlevait tout le jeu, et qu'on ne gardait que le rangement ?

Supermarket Chaos est un simulateur de rangement cozy développé par BunnyHop, sorti fin juin 2026 sur PC. Le pitch tient en un chiffre : 4 668 produits à trier dans seize rayons, des fruits aux ramens en passant par le vin et les livres. Il faut ramasser chaque article, trouver sa section, le faire correspondre à la bonne étiquette de prix. C'est tout. Le studio appelle ça une atmosphère calme et relaxante. Nous, on appelle ça un inventaire Excel avec une caméra à la première personne.
Soyons précis sur ce que fait le jeu, parce que c'est important pour comprendre pourquoi il déçoit. Dans Supermarket Simulator ou ses cousins, ranger les rayons n'est qu'une tâche parmi d'autres : on fixe les prix, on commande des stocks, on gère la trésorerie, on encaisse les clients, on agrandit le magasin. Le réapprovisionnement est le petit moment méditatif au milieu d'une boucle économique. Supermarket Chaos prend ce moment, le détache de tout le reste, et en fait l'intégralité du jeu. Il n'y a pas de clients, pas d'argent, pas de gestion. Il y a un bazar, et il faut le ranger.
Ce n'est pas idiot sur le papier. Le rangement satisfait une vraie pulsion, et tout un pan du cozy gaming vit là-dessus. Le problème, c'est que les meilleurs jeux du genre, ceux qui font de l'ordre un puzzle, demandent de réfléchir au placement, à la logique, à l'agencement. Ici, on lit une étiquette, on cherche le rayon correspondant, on pose. On recommence 4 668 fois. Il n'y a aucune décision, aucune friction intéressante, juste l'exécution d'une consigne répétée jusqu'à l'engourdissement. La satisfaction du premier rayon est réelle ; celle du dixième a déjà la saveur d'une corvée de fin de service.
Il faut reconnaître au jeu sa seule vraie trouvaille, et elle n'a rien à voir avec le gameplay. Le prétexte narratif est franchement drôle : un robot organisateur, GPT-9000, a atteint une conclusion philosophique selon laquelle toute position est temporaire et tout étalage est une violence, ce qui l'a poussé à priver chaque produit du magasin de sa place. C'est absurde, c'est bien vu, et ça vaut largement le sourire. Pendant trente secondes, on se dit que le jeu va jouer cette carte du commentaire grinçant sur le rangement comme acte existentiel.
Il ne le fait pas. La blague reste une ligne de présentation, et le jeu redevient aussitôt un trieur d'articles sans second degré. C'est l'occasion manquée qui résume tout le titre : il y avait là de quoi construire un petit objet malin sur l'absurdité du rangement infini, et le studio a préféré livrer le rangement infini tout court. Des compétences à débloquer permettent de porter plus de produits ou de repérer les emplacements plus vite, mais ce ne sont que des accélérateurs de routine, pas des couches de jeu. On déroule plus vite la même pelote.

Visuellement, on est exactement là où on s'attend à être. Des assets 3D corrects, un éclairage doux, une interface fonctionnelle, le tout fini sans accroc. Le support de la manette et la sauvegarde cloud sont là. Rien ne dépasse, rien ne crashe, et rien ne reste en mémoire non plus. C'est l'esthétique de catalogue qu'on a vue dans une dizaine de cozy sims cette année, appliquée avec sérieux mais sans la moindre personnalité. On pourrait remplacer le supermarché par une quincaillerie ou une bibliothèque sans changer une ligne de l'expérience.
Le confort est réel, on ne lui enlèvera pas ça. Le jeu tourne, fait ce qu'il promet, et conviendra à qui cherche une activité purement mécanique pour occuper ses mains pendant un podcast. Mais c'est précisément le problème : Supermarket Chaos n'est pas une mauvaise exécution, c'est une bonne exécution de presque rien.

Supermarket Chaos répond à une question que personne ne posait : que reste-t-il d'un simulateur de magasin quand on retire le magasin et la simulation ? La réponse est un geste répétitif, plutôt apaisant pendant vingt minutes, franchement vide passé la première heure. Le seul éclat du jeu, son robot existentialiste, est abandonné aussitôt qu'évoqué, et tout le reste se résume à lire des étiquettes en boucle. Ce n'est pas raté, c'est exsangue.
On ne va pas mentir pour faire plaisir à une tendance : ce genre de cozy sim minimal surfe sur une vague sans rien y apporter, et celui-ci est plus pauvre que la moyenne puisqu'il s'est amputé volontairement de toute mécanique de gestion. Si vous voulez le frisson du rangement, des jeux comme A Little to the Left en tirent un vrai puzzle. Si vous voulez tenir un commerce, les sims de gestion le font en entier. Supermarket Chaos, lui, ne fait bien qu'une chose, et cette chose ne suffit pas à remplir un jeu.
Le geste le plus relaxant des sims de magasin, vendu tout seul et sans rien autour : apaisant un quart d'heure, creux ensuite, et trop content de surfer sur une mode pour se donner la peine d'avoir une idée.
Points forts :
Points faibles :
Testé sur PC.
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