INSERTCOINS.press
Wordless Forest : il est parti seul filmer dans la forêt gelée, sans équipe et sans réseau, et il en a fait un jeu
Tests
Test
Note7.5/10

Wordless Forest : il est parti seul filmer dans la forêt gelée, sans équipe et sans réseau, et il en a fait un jeu

Un thriller de survie entièrement filmé en prises de vues réelles, sans un mot de dialogue, quatre fins. Deux ans et demi de travail en solitaire.

A

Alexandrosse

·8 min de lecture

Note InsertCoins.press

7.5/10

Verdict

Recommandé

Le FMV, ce genre où l'on regarde de vraies personnes filmées et où l'on choisit ce qu'elles font, avait ce parfum de curiosité des années quatre-vingt-dix. On le croyait rangé au placard avec les CD-ROM.

Il en sort aujourd'hui un jeu dont la fabrication est plus impressionnante que la plupart des productions à gros budget de ce mois.

Wordless Forest, la foret filmee en lumiere naturelle

Comment il a été fait

Deux ans et demi de développement en solitaire. Écriture, réalisation, interprétation, montage, programmation : une seule personne, Dogus Cagrici, sur tous les postes.

Et surtout, le tournage. Pas d'équipe, pas de véhicule de secours pour rejoindre la ville en cas de problème. Il est parti dans la nature avec un sac à dos et une caméra, et il a tourné dans les forêts désertes de quatre villes différentes, en lumière strictement naturelle.

Le développeur raconte le froid de novembre, l'entrée dans une rivière glaciale et des heures de tournage en vêtements trempés. Aucun réseau téléphonique, et des ours bruns, des sangliers et des serpents dans la zone. Il annonce quarante jours seul dans les bois, et sa page Steam décrit la même expédition dans les mêmes termes.

Pour les plans en mouvement, pas de cadreur : il s'est reposé sur le suivi automatique d'un stabilisateur et d'un drone. Son équipe technique était une machine.

Un détail dit tout du personnage : le scénario et toutes ses ramifications étaient écrits avant le départ, et pour certaines scènes il a fait la route jusqu'à d'autres villes plutôt que d'adapter le texte au décor disponible.

Ce qu'on y fait

Vous êtes seul dans une forêt. Vous ne vous souvenez de rien, pas même de votre nom.

Pas un mot de dialogue. Personne ne vient expliquer. On apprend en observant et en agissant, et le récit s'écrit uniquement par ce qu'on décide. Le studio annonce quatre fins distinctes, certaines qui sauvent, d'autres qui coûtent cher.

Le développeur précise une chose importante : il n'y a ni énigme complexe ni test de réflexes. Uniquement des choix, à prendre avec attention. Une décision de travers ou un détail négligé ont des conséquences qu'on ne rattrape pas.

C'est une position honnête. Le jeu ne prétend pas être un jeu de survie avec des jauges ; il est un récit dont vous êtes l'acteur au sens propre, puisque quelqu'un a réellement fait ces gestes devant une caméra.

Wordless Forest, un choix de survie en pleine nature

Pourquoi l'absence de dialogue fonctionne

C'est la meilleure décision du projet, et elle est structurelle plutôt qu'esthétique.

Le FMV a toujours eu un problème : le jeu d'acteur. Quand un comédien amateur récite un texte devant une caméra, tout s'effondre en trois secondes. En supprimant la parole, le jeu supprime d'un coup la moitié du risque.

Ce qui reste, c'est un visage, un froid réel, une rivière réellement glacée, et une fatigue qui ne se joue pas parce qu'elle est vraie. Il se trouve que c'est exactement ce qu'un thriller de survie a besoin de montrer.

Le silence sert aussi le propos. Un homme qui ne sait plus qui il est n'a personne à qui parler, et le mutisme du film devient le sien.

Ce qu'il faut savoir

C'est court par nature. Une partie se boucle vite, et le contenu réel se trouve dans la reprise du parcours pour atteindre les autres fins. Un système d'arborescence permet de revenir en arrière et de bifurquer. Si vous n'aimez pas rejouer, la durée vous paraîtra mince.

Et c'est de la vidéo. Aucune liberté de mouvement, aucune exploration au sens habituel. On choisit dans un récit, on ne s'y promène pas. Ceux qui attendent un jeu de survie avec un inventaire seront déçus, et ce n'est pas la faute du jeu.

Il sort aujourd'hui.

Wordless Forest, la riviere et le froid de novembre

Ce qui fixe la note

Sept et demi.

Elle récompense un engagement de fabrication qui n'a pas d'équivalent ce mois-ci : quarante jours en solitaire dans une forêt gelée, quatre villes de tournage, une rivière en novembre, et deux ans et demi passés à occuper tous les postes d'une production. Elle récompense aussi une intuition juste, celle de retirer les dialogues pour ne garder que ce que l'image réelle sait faire mieux que tout le reste.

Elle tient compte d'un format court, d'une interaction réduite au choix, et d'un genre qui ne conviendra jamais à ceux qui veulent tenir une manette plutôt qu'une décision.

Une dernière chose. Le prix d'un jeu ne se juge normalement pas à la souffrance de son auteur, et je m'en tiens là : la note ci-dessus concerne ce qu'on voit à l'écran. Mais il faut quand même dire qu'il y a quelque chose de rare à ce degré d'entêtement, et que ça se sent en jouant.

Vous seriez parti quarante jours seul pour finir un projet ? Répondez sincèrement sur le Discord d'InsertCoins.

Communauté

--/100

Votre note

Publicité

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Sois le premier.