Posons la question qui fâche tout de suite, celle que vous vous posez vraiment : est-ce qu'il faut ranger son vieux StarCraft au placard ? La réponse courte, c'est non. StarCraft n'est pas un jeu, c'est une religion avec ses prêtres coréens et ses fidèles qui micro-gèrent des Marines depuis 2010. On ne range pas une religion. La réponse longue, en revanche, est plus excitante : ZeroSpace est la première proposition depuis une éternité qui donne vraiment envie de rallumer la machine à guerre spatiale, et il ne compte pas remplacer le roi, mais s'installer juste à côté.

Le contexte
ZeroSpace est un jeu hybride RTS/RPG de science-fiction développé par Starlance Studios, disponible depuis le 20 juillet 2026 sur PC. Et son pédigrée n'a rien d'anecdotique : le studio réunit d'anciens joueurs professionnels, commentateurs et figures de la scène RTS, autrement dit des gens qui ont passé leur vie dans les tranchées de StarCraft et de Warcraft. On y commande le Protectorat, une force galactique chargée d'assurer la place de l'humanité dans un secteur d'Orion en pleine guerre de pouvoir. StarCraft est ouvertement cité comme inspiration pour ses unités, et ça se sent dès la première partie : on est en terrain connu, mais réaménagé avec de vraies idées.
Ce qu'il apporte : le RTS sans les corvées
La promesse de ZeroSpace, c'est un RTS pensé pour la stratégie plutôt que pour le travail à la chaîne, et c'est plus malin qu'un simple slogan. Le jeu propose quatre factions principales et six factions mercenaires, ces dernières apportant des unités mais aucune structure, qu'on peut mélanger avec sa faction de base. Cette idée de panacher son armée entre un socle principal et des renforts mercenaires ouvre une combinatoire réjouissante, où l'on bricole sa propre identité tactique au lieu de choisir une race figée. Avec plus d'une centaine d'unités, l'espace de jeu est vaste, et le fait de pouvoir composer son style est exactement le genre de fraîcheur qui manquait au genre.
Les deux autres apports musclent l'ensemble. Un système de montée en niveau de faction en cours de match débloque des améliorations passives et des capacités globales à déclencher, façon appuis stratégiques, ce qui donne une couche de progression au sein même d'une partie. Et surtout, les héros ne sont pas des armées à eux tout seuls comme dans tant de RTS modernes qui virent au MOBA : ce sont des unités de soutien, qui épaulent votre armée sans la remplacer. C'est un choix de design intelligent et respectueux du genre, qui garde l'accent sur la macro et la stratégie collective plutôt que sur un avatar surpuissant. ZeroSpace a manifestement été conçu par des gens qui savent pourquoi ils aiment le RTS.

Trois modes pour trois publics
Là où beaucoup de RTS misent tout sur le multijoueur compétitif et abandonnent les solitaires, ZeroSpace ratisse large avec trois modes complets. La campagne solo place les choix du joueur au centre, avec des heures de cinématiques interactives et une écriture qui s'inspire ouvertement des grands RPG de science-fiction comme Mass Effect. C'est une ambition rare pour le genre, celle de raconter une vraie histoire à embranchements plutôt que d'enchaîner des missions-tutoriels, et elle donne au jeu une profondeur narrative que les puristes du versus n'attendaient pas forcément, mais qui élargit considérablement son public.
À côté, la coopération PvE offre le plaisir de faire équipe contre l'IA, et le mode Versus assure le classique affrontement compétitif que tout RTS se doit de proposer, en 1v1 comme en 3v3. Cette générosité est une vraie force : ZeroSpace ne demande pas de choisir entre le joueur d'histoire, le coopérateur et le compétiteur, il les sert tous. Dans un genre qui a trop souvent effrayé les nouveaux venus par son exigence brutale, cette approche accueillante, sans renoncer à la profondeur, est peut-être son atout le plus précieux.
Ce qui coince
Soyons honnêtes, car l'enthousiasme ne doit pas masquer les réserves. ZeroSpace porte le poids de son hybridation : en voulant être à la fois un RTS compétitif exigeant, un RPG narratif et un jeu coopératif accessible, il prend le risque de ne satisfaire personne à cent pour cent. Le puriste du versus pourra trouver la couche RPG superflue, le fan de récit pourra buter sur l'exigence stratégique, et cette volonté de tout embrasser demande un équilibrage délicat qui ne sera jugé que sur la durée, notamment sur la scène compétitive où le diable se niche dans le moindre déséquilibre.
Il y a aussi le fantôme, immense, de StarCraft lui-même. S'inspirer du maître est un choix payant pour la lisibilité, mais c'est aussi s'exposer à la comparaison la plus impitoyable qui soit. ZeroSpace apporte assez d'idées neuves pour exister par lui-même, mais il devra prouver dans le temps que sa communauté tiendra, car un RTS compétitif ne vaut que par la vitalité de ses joueurs. Le pari est ambitieux, la base est excellente, mais la vraie épreuve commence maintenant.

Ce qu'on retient
ZeroSpace est la meilleure nouvelle qu'ait connue le RTS de science-fiction depuis très, très longtemps. Fait par des gens qui aiment et comprennent le genre, il en respecte les fondamentaux tout en y injectant de vraies idées : le panachage de factions mercenaires, la montée de niveau en cours de partie, des héros de soutien plutôt que des demi-dieux, et une générosité de contenu qui accueille le joueur d'histoire comme le compétiteur. C'est un RTS moderne, intelligent et ambitieux, qui prouve que le genre n'est pas mort, juste en attente de quelqu'un pour le dépoussiérer avec amour.
Faut-il pour autant ranger votre vieux StarCraft ? Non, et ZeroSpace ne vous le demande pas. Le roi garde sa couronne, portée par deux décennies de nostalgie et une scène compétitive que rien ne remplace du jour au lendemain. Mais ZeroSpace n'a pas besoin de détrôner qui que ce soit pour mériter sa place. Il est la preuve vivante qu'on peut aimer StarCraft et vouloir autre chose, et rien que pour ça, il faut lui faire une place sur l'étagère, juste à côté du classique. Les deux cohabiteront très bien.
Verdict
Un RTS/RPG de science-fiction malin et généreux, fait par des amoureux du genre, qui ne détrône pas StarCraft mais mérite amplement de trôner à ses côtés.
Points forts :
- Le panachage de factions mercenaires et principales, une combinatoire réjouissante
- La montée de niveau en cours de match et les capacités globales
- Des héros de soutien qui respectent l'esprit du RTS
- Trois modes complets, campagne narrative, coop et versus
Points faibles :
- Une hybridation ambitieuse qui risque de ne pas combler tous les publics
- L'ombre écrasante de StarCraft, à qui il s'expose frontalement
- Un équilibrage compétitif et une communauté à éprouver sur la durée
Testé sur PC.