Vous vous arrêtez à un arrêt de bus. Vous ouvrez les portes. Et la voiture derrière vous entre dans votre pare-chocs arrière.
Ce n'est pas un accident isolé, c'est le comportement le plus rapporté par les joueurs depuis l'accès anticipé, et il résume à lui seul l'état de ce jeu : sous une couche technique qui n'est pas prête, il y a un très bon simulateur de bus.
Alors trions.

La flotte, d'abord, et elle écrase les épisodes précédents. Plus de 45 bus sous licence officielle, chez treize constructeurs, dont Solaris, Mercedes-Benz, MAN, IVECO BUS, Scania et Volvo. Rigides, articulés, à impériale, et toute la gamme électrique.
Et surtout, les autocars. C'est la première fois de la série qu'on prend le volant d'un car de tourisme, et ça change la nature du jeu. Un trajet urbain, c'est un chapelet d'arrêts. Un trajet interurbain, c'est une route, un rythme, une conduite complètement différente. Plusieurs joueurs disent que c'est là que le jeu est le meilleur, et je suis d'accord.
La région tient debout. Felicia Bay est une côte fictive du sud de l'Europe, inspirée de l'Espagne et du Portugal, avec deux villes jumelles, Alcaztelar et Mequina, et vingt quartiers distincts. Météo dynamique, cycle jour-nuit, rues fréquentées, le tout sous Unreal Engine 5. Quand ça tourne, c'est joli, et la lumière de fin d'après-midi sur un boulevard bordé de palmiers vaut le détour.
La gestion est plus riche qu'on ne croit. On crée ses lignes, on établit ses horaires, on recrute des chauffeurs, on leur affecte des services, on habille ses bus avec des livrées et de la publicité. Trois modes cohabitent, Histoire, Carrière et Bac à sable, et la planification de lignes est citée jusque dans les avis négatifs comme la partie qui donne envie de continuer.
Et il y a de la variété autour du volant. Vous pouvez jouer le contrôleur, monter dans un bus comme simple passager, ou descendre et explorer Felicia Bay à pied pour y chercher des points d'intérêt et des objets cachés. La coopération va jusqu'à quatre joueurs, avec jeu multiplateforme, et les mods passent par mod.io.

Le jeu sort officiellement aujourd'hui, mais il était jouable depuis le 3 septembre pour les acheteurs de l'édition Year 1. Résultat, il y a déjà 203 évaluations, dont 124 positives, ce qui le place en réception mitigée.
Les reproches sont d'une cohérence remarquable d'une langue à l'autre.
La circulation gérée par l'ordinateur est le problème numéro un. Les véhicules vous rentrent dedans à l'arrêt, y compris les autres bus, se percutent entre eux et vous coupent la route. Pire, le système de pénalités vous sanctionne parfois pour un accident que vous avez subi. Un joueur raconte s'être fait éjecter sur le trottoir par une voiture au démarrage de sa première mission, puis avoir été pénalisé pour ça.
Les plantages sont fréquents. Rapports d'erreur Unreal, sorties brutales, saturation de mémoire vidéo, et plusieurs joueurs pointent spécifiquement le DLSS comme déclencheur. Un joueur avec vingt et une heures au compteur écrit que la description devrait mentionner qu'il s'agit d'une bêta.
Les performances ont régressé par rapport aux versions d'avant sortie. C'est un reproche récurrent, avec des chutes ponctuelles très violentes dans certaines zones.
Le volant a un bug pénible : appuyer sur n'importe quel bouton du volant coupe l'accélération. Pour un jeu qui met en avant sa compatibilité avec les périphériques de conduite, c'est une faute sérieuse.
Le multijoueur souffre de désynchronisation et plusieurs missions de l'histoire refusent de valider un trajet pourtant terminé.
Il faut être juste, parce que le tableau n'est pas uniforme.
Des joueurs avec des dizaines d'heures continuent d'y revenir. L'un décrit 27 à 32 images par seconde sur un portable équipé d'une GTX 1650 en qualité basse, avec une bonne opinion de la mise à l'échelle TSR. Un autre, cent vingt heures sur l'épisode précédent, a remboursé puis racheté le jeu en voyant que le studio continuait de livrer des correctifs.
Et c'est le point important : Simteract publie des mises à jour rapprochées depuis l'accès anticipé, et plusieurs joueurs constatent des progrès entre deux correctifs. Ce n'est pas un studio qui a disparu après l'encaissement.

Ma position est simple et je l'assume.
Si vous êtes un habitué de la série, que vous acceptez de jouer à un jeu qui se répare en direct, et que vous voulez surtout conduire des autocars sur une jolie côte méditerranéenne, il y a de quoi s'occuper dès maintenant pour 29,99 euros.
Si vous voulez un simulateur propre, attendez un mois. Rien ne presse, la région ne va pas bouger, et l'historique du studio laisse penser que l'essentiel des reproches ci-dessus sera corrigé.
Ce qui est certain, c'est que le matériau est là. La flotte est superbe, la carte est réussie, les autocars sont une vraie addition à la série, et la planification de lignes est plus intéressante qu'elle ne l'a jamais été. Ce qui manque, ce n'est pas du contenu, c'est de la finition.
Nous avons écrit un guide complet pour bien démarrer, avec les réglages à toucher en priorité et les pièges du volant.

Vous avez tenu combien de temps avant votre premier accrochage à l'arrêt ? On compare les tôles froissées sur le Discord d'InsertCoins.