Petit, c'est le type qui me gardait qui m'a mis un RTS entre les mains pour la première fois. Il jouait à Warcraft premier du nom, et je regardais, fasciné, ces petits bonshommes obéir au doigt et à l'oeil. À l'école primaire, la salle informatique tournait sous Warcraft 2, et on organisait des parties en réseau entre gamins, à se trahir et à se hurler dessus entre deux cours. Je suis sorti du primaire en 2002, pile au moment où Warcraft 3 débarquait. Autant dire que toute mon enfance a été rythmée par le RTS, et par un nom précis : Warcraft.
Alors quand j'ai vu que Liquidation se réclamait ouvertement de Warcraft III (et de Dawn of War), je n'ai pas pensé une seconde à StarCraft. J'ai pensé à mon enfance. Et j'ai lancé le jeu avec des exigences de fils prodigue : montre-moi que tu es digne du grand-père.

Réglons tout de suite la question de la comparaison, parce qu'on me la pose souvent : non, Liquidation n'est pas un StarCraft, et ce n'est même pas le sujet. StarCraft, c'est l'école de la macro, de l'économie qui carbure et des 300 actions par minute. Liquidation, lui, appartient à ma famille à moi, celle de Warcraft III et de Dawn of War : on pense positionnement, terrain, synergie d'unités et capacités de commandant. On mène une armée, on ne gère pas un tableur.
D'ailleurs, après Warcraft, la suite logique pour moi a été Dawn of War. J'ai dû y laisser 2000 heures, merci THQ. Alors un jeu qui se réclame de cette double filiation, Warcraft III et Dawn of War, tombe pile dans ma zone de compétence, et croyez-moi, je l'attends au tournant.
Et le pedigree rassure. L'éditeur, c'est MicroProse, la vieille maison de la stratégie qui a bercé des générations. Ça sent l'amour du genre, le RTS pensé par des gens qui savent d'où ils viennent. Pour un studio, Divio, qui signe là son tout premier jeu, avoir Warcraft III en modèle et MicroProse dans le dos, c'est afficher de sacrées ambitions. Le gamin de la salle info que je suis resté avait envie d'y croire.
Et par moments, ça a marché. Le décor pose une vraie ambiance : Veá, une planète mourante ravagée par un cataclysme appelé le Splintering, et tout le monde qui s'étripe pour une substance mystérieuse, le Quenrium. On mène la Croisade Crépusculaire, l'Alliance du Fléau ou la Légion, chacune avec son identité. La vue isométrique a ce cachet un peu austère qui sent bon les RTS de ma jeunesse.
Surtout, ça pense. Les batailles récompensent la tête plus que la vitesse de clic. La première fois que j'ai retourné un affrontement mal engagé en repositionnant mes troupes derrière un couvert et en prenant l'ennemi de flanc, j'ai eu exactement le frisson de mes parties de Warcraft 2 en salle info. Ce petit sourire du type qui rentre à la maison. Pendant quelques parties, j'avais dix ans de nouveau.

Voilà où le rêve se cogne à la réalité. Liquidation sort en Accès Anticipé, et il faut le prendre pour ce qu'il est : un chantier. Au lancement, seulement les deux premiers chapitres de la campagne, soit six missions, trois factions jouables sur les quatre prévues, et des cartes d'escarmouche en PvP et PvE. La version complète n'arrivera pas avant la seconde moitié de 2027. On achète surtout une promesse.
Le contenu est donc maigre, on en fait vite le tour, et on sent par endroits les scories d'un premier jet : équilibrage à peaufiner, réalisation qui n'a pas les moyens des ténors du genre. Rien de honteux pour un studio débutant. Mais Warcraft III, mon Warcraft III, était un jeu complet, dense, fini, qui m'a tenu des années. Liquidation, aujourd'hui, c'est le squelette d'un bon RTS, pas encore le RTS lui-même.
Je vais être honnête avec le gamin que j'étais : non, Liquidation n'est pas encore à la hauteur de l'héritage qu'il revendique. Il en a l'ADN, la bonne école, la bonne ambiance, mais son statut d'Accès Anticipé le bride trop pour qu'on crie au retour du roi. Pour l'instant, c'est le plaisir doux-amer de reconnaître une flamme familière qui n'a pas encore vraiment pris.
Mais il a le sang, et c'est déjà beaucoup. Je vais le laisser grandir, revenir dans quelques mois, et j'espère sincèrement qu'à la sortie complète, il aura mérité sa place dans la lignée. En attendant, merci à Liquidation de m'avoir renvoyé, le temps de quelques batailles, dans cette salle info du primaire où tout a commencé. Le grand-père serait fier de la démarche, à défaut du résultat.
