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Ragnarok Zero Global : ils ont vendu l'abonnement comme un rempart contre les bots, puis ils ont livré le bot avec le jeu
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Note6/10

Ragnarok Zero Global : ils ont vendu l'abonnement comme un rempart contre les bots, puis ils ont livré le bot avec le jeu

Abonnement mensuel ET boutique de cash, avec l'auto-chasse intégrée. Le vrai Ragnarok est là dessous, sous un modèle économique qui se contredit.

A

Alexandrosse

·11 min de lecture

Note InsertCoins.press

6/10

Verdict

Mitigé

À quatorze ans, j'ai passé un nombre d'heures que je préfère arrondir vers le bas sur des serveurs privés Ragnarok. Pas un seul. Une bonne dizaine, avec les migrations de guilde, les serveurs qui ferment du jour au lendemain, le mec qui hébergeait tout ça depuis sa chambre et qui doublait les taux d'XP quand il s'ennuyait.

Alors quand la publicité pour Ragnarok Zero Global a commencé à me suivre partout ces trois derniers mois, j'ai eu la nette impression qu'un algorithme quelque part avait mon dossier complet.

Ça a marché. J'ai joué. Voilà ce que ça vaut.

Ragnarok Zero Global, l illustration officielle du jeu

D'abord, la bonne nouvelle

Le jeu en dessous est le bon.

Ragnarok Zero n'est pas un portage mobile déguisé ni un remake opportuniste. C'est la version Zero, le build rééquilibré que Gravity fait tourner à Taïwan depuis 2025, porté sur un serveur mondial unique pour l'Asie du Sud-Est, l'Europe et l'Océanie. Pas de découpage régional, tout le monde au même endroit, ce qui pour un MMO en 2026 est déjà une décision saine.

Et Zero apporte des choses que les serveurs privés n'ont jamais eues. L'Ascension permet à une classe 2 de débloquer certaines compétences de classe 3 ou de classe supérieure sans passer par la renaissance, ce qui règle un des travers les plus pénibles du jeu original : cette obligation de tout recommencer pour accéder aux outils intéressants. La région de Nordfeld ajoute deux terrains, deux donjons et un artisanat de coiffes exclusif. Des raids MVP mensuels structurent la fin de mois.

Le pixel art tient toujours. La musique toujours autant. Et l'écran de statut avec ses Str, Agi, Vit, Int, Dex, Luk, cette grille de six chiffres qui a occupé des soirées entières de discussion, produit exactement le même effet vingt ans plus tard.

Ensuite, le problème, et il est double

Ragnarok Zero Global est vendu par abonnement. Un Game Pass mensuel, autour de dix euros au mois, environ six euros cinquante si on s'engage sur l'année. Un essai gratuit de trois jours est disponible jusqu'à la fin de l'année.

L'argument commercial est limpide et il a été répété partout : l'abonnement finance le serveur, donc il n'y a pas besoin de vendre de la puissance, donc pas de pay-to-win. Et accessoirement il tue le botting, parce qu'aucun fermier ne paie un abonnement mensuel sur trois cents comptes.

Sauf qu'il y a aussi une boutique de cash.

Et ce qu'on y trouve dépasse le confort. Les Oridecon et Elunium enrichis augmentent le taux de réussite du raffinage. Les HD Oridecon et HD Elunium empêchent l'objet de casser en cas d'échec au-dessus de +7, il perd juste un niveau. Autrement dit, la boutique vend l'accès à la progression d'équipement, qui est le seul mur réellement difficile de ce jeu. S'y ajoutent des boosts d'expérience, des boosts de taux de chute, des consommables de statistiques, et des équipements de départ.

Alors non, ce n'est pas iRO. On ne vend pas d'équipement de fin de jeu, il n'y a pas de gacha en Europe. Mais l'entourloupe est ailleurs, et elle est plus fine : le jeu avait été présenté au départ comme un serveur sans boutique. Elle est arrivée quand même. Payer l'abonnement puis payer encore pour raffiner, ce n'est pas un modèle vertueux, c'est deux modèles empilés.

Ragnarok Zero Global, un mage niveau 50 en donjon face au Golden Thief Bug

Et là, l'auto-chasse

Voilà le morceau qui m'a fait rire, puis un peu moins.

Le jeu intègre l'auto-chasse. Vous configurez votre personnage, vous cochez les cases, et il farme tout seul. Accepter les invitations de groupe, ne pas ouvrir la fenêtre d'équipement, autoriser les appels, nourrir automatiquement l'homoncule : la liste des réglages ressemble trait pour trait à celle d'un bot de serveur privé, à ceci près qu'elle est officielle et intégrée au client.

Reprenons donc le raisonnement dans l'ordre. On vous vend un abonnement en expliquant qu'il élimine les bots. Puis on vous livre le bot dans la boîte.

Le problème n'est pas moral, il est économique et social. Un MMO où les cartes sont peuplées de personnages en pilotage automatique n'est pas un MMO peuplé, c'est un MMO qui ressemble à un MMO. La rencontre fortuite sur une carte de farm, qui était très exactement le carburant social de Ragnarok, devient une collision entre deux scripts. Et l'inondation de matériaux qui en découle écrase le marché, ce qui pénalise précisément le joueur qui joue à la main.

Sur les captures que j'ai prises, il y a une conversation en français dans le chat, deux joueurs qui se remercient pour soixante mille zeny. Ce moment-là existe encore. Il est juste beaucoup plus rare qu'il ne devrait.

Le rythme, ou comment garder un abonné

Le plafond de niveau de base est 99, mais le contenu s'ouvre par paliers. Au lancement, six classes de premier métier seulement : Épéiste, Mage, Marchand, Acolyte, Voleur, Archer. Le plafond de niveau de métier bloqué à 50. Les treize métiers de deuxième palier arrivent le 3 septembre 2026, avancés depuis le 29 octobre après la pression des joueurs.

Deux lectures cohabitent, et les deux sont vraies.

Celle du studio : les paliers font progresser tout le monde ensemble, ce qui donne des cartes peuplées de gens au même niveau et rend la boutique d'XP inutile puisque le plafond s'atteint en quelques jours de toute façon.

L'autre : un contenu qu'on distribue au compte-gouttes sur un jeu par abonnement, c'est une machine à prolonger les prélèvements. Vous ne payez pas pour ce qui existe, vous payez pour attendre ce qui va exister.

J'ai tendance à croire que les deux intentions coexistent dans la même salle de réunion.

Ragnarok Zero Global, la chasse automatique configuree sur une carte de foret

Le contexte qui met tout le monde mal à l'aise

Une date à mettre en face d'une autre. Le 30 juin 2026, Gravity Game Hub annonce la fermeture de serveurs Ragnarok Online. Le 18 août 2026, Ragnarok Zero Global ouvre.

Sept semaines d'écart. On peut appeler ça une transition de catalogue. Une partie de la communauté appelle ça autrement, et l'inquiétude qui en découle est légitime : un éditeur qui ferme un service pour en ouvrir un autre payant peut refermer le second de la même manière. Quand on demande à des gens de s'abonner à l'année, cette question n'est pas de la paranoïa, c'est de la gestion de risque.

Alors, retour au serveur privé ou pas ?

C'est la vraie question, et la réponse dépend de ce que vous cherchiez en revenant.

Si vous voulez retrouver le Ragnarok de vos quinze ans, le serveur officiel n'est pas l'endroit. Ce qui rendait ces soirées mémorables, c'étaient les taux ajustés, la petite communauté où on connaissait les pseudos, l'administrateur joignable, la gratuité qui autorisait à disparaître trois mois. Rien de tout ça n'est reproductible sur un serveur mondial payant, et ce n'est la faute de personne.

Si vous voulez du Ragnarok officiel, moderne et stable, avec du contenu réellement neuf comme Nordfeld et l'Ascension, et une base de joueurs qui ne s'évaporera pas parce que l'hébergeur a raté un examen, c'est ce qui existe de mieux. Le build Zero est bon, sincèrement.

Si vous hésitez, l'essai de trois jours existe jusqu'à fin décembre. Trois jours suffisent à savoir si le petit bruit du clic sur un Poring vous fait encore quelque chose.

Et si le modèle vous rebute, le paysage privé ne s'est pas asséché. Des serveurs comme NightmareRO tournent avec leur propre contenu, et c'est vers eux que se dirige une partie des déçus, exactement comme il y a vingt ans.

Ragnarok Zero Global, un combat de MVP en groupe

Le bilan, en une note

Six, et elle se lit en deux morceaux qui ne vont pas dans le même sens.

Le jeu vaut mieux. Zero est le meilleur Ragnarok classique disponible officiellement, l'Ascension corrige un défaut de conception vieux de deux décennies, Nordfeld apporte du contenu qui n'est pas du recyclage, et le serveur mondial unique était la bonne décision.

Ce qui l'entoure vaut moins. Un abonnement doublé d'une boutique qui vend du raffinage, un discours anti-bot démenti par une fonction d'auto-chasse livrée avec le client, un contenu rationné par paliers, et un éditeur qui vient de fermer des serveurs sept semaines avant d'en ouvrir un payant.

Le Ragnarok que j'ai aimé était gratuit, bancal et administré par un inconnu. Celui-ci est propre, officiel, et me demande de payer deux fois. Je comprends la logique commerciale. Je ne suis pas certain qu'elle survive à l'hiver.

Vous êtes plutôt officiel ou plutôt serveur privé ? Le débat est ouvert sur le Discord d'InsertCoins, et il y a des rancunes de 2005 qui traînent encore.

Communauté

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